Le président a su jouer de cette division depuis mai 2007 pour réduire leurs voix à leurs portions congrues. Suite à cette grève générale, ils viennent enfin de réaliser qu'ils pèsent davantage lorsqu'ils sont unis. Ce qui est un comble pour des syndicats. La grève et les manifestations de jeudi ont mis en évidence le raz-le-bol  des Français, au sujet du président, et en second lieu de sa politique.

Dans un premier temps, jeudi, l'Elysée a fait mine de ne pas mesurer l'ampleur du mouvement avant de réviser son jugement et pondre un billet laconique très diplomatique. Nous avons appris hier, via le Figaro, que Nicolas Sarkozy allait venir voir les journalistes de TF1 et France2 jeudi prochain.

Bernard Thibault dans un premier temps, et François Chérèque aujourd'hui mettent en garde le président contre des rendez-vous sans lendemain, et appellent Nicolas Sarkozy à "sortir de la compassion".

Le président a donc, dans un premier temps, essayé de nier le soulèvement populaire à son encontre, avant de se fendre d'un billet de remerciements. Malgré cela il n'arrive toujours pas à se mettre dans une logique de dialogue avec les syndicats, puisqu'il préfère aller rencontrer les journalistes de TF1 et France2 plutôt que de dialoguer avec ceux-ci. Il essaye donc de reprendre la main, avec sans doute à la clef quelques petites allocations budgétaires ciblées. C'est donc une bonne manoeuvre pour diviser à nouveau les syndicats. Il a traité les représentants syndicaux, à son habitude, de la manière la plus hautaine qui soit: en faisant mine de ne pas les voir.

Nicolas Sarkozy n'a pourtant plus les cartes en main, il fuit encore cette réalité qui est dure à admettre. La grâce présidentielle qui lui a été allouée le peuple Français durant un an et demi est terminée. Il ne mesure pas encore le désarroi de la population à sa juste valeur, la crise économique ne fait pourtant que commencer.

C'est d'ailleurs par un tour de passe joliment réalisé que Nicolas Sarkozy vient de botter en touche les revendications populaires de jeudi dernier. Ces revendications étaient ciblées uniquement sur sa personne, ses réformes et sur le pouvoir d'achat dont il s'était fait le chantre voilà deux ans. Il vient de transformer, en un week-end, ces revendications en une explication de texte, à venir, au sujet de la crise économique. C'est d'ailleurs pour lui un tour de force car l'économie pour lui relève "des sachants" (NDl: ceux qui sont cultivés).

Les salariés, les universités en passant par les chômeurs et les travailleurs journaliers; tous sont remontés, et dans ce contexte de crise économique, la radicalisation n'est pas à venir, mais elle est le seul espoir d'une grande partie de la population. Le premier Week-end post- manifestation aura été une chance manquée par le président.

Les syndicats sont pourtant sa seule porte de sortie honorable de ce conflit qui ne peut que prendre de l'ampleur et dégénérer dans les jours et semaines à venir. Le road-show présidentiel, de jeudi soir, risque donc d'être une occasion manquée. Pendant que l'Elysée joue au contorsionniste de la sémantique pour ne pas faire dire à une grève ce qu'elle voulait dire, la colère grandit. L'écoute n'est vraiment pas une chose aisée pour cet Homme là.