Sur le mode bienveillant de la non-récupération-de-l’atrocité-et-de-la-sauvagerie se jouant à Toulouse, nous devrions donc prendre au mieux une posture religieuse passive et invoquer la fatalité et si l’on est davantage revendicatif accepter une minute de silence. Je ne peux me résoudre à une telle alternative.

 

Et d’une

 

C’est bien de ce silence dont je ne veux pas. Celui dont s’est drapé la quatrième et cinquième république pour mettre en sourdine l’active collaboration de la grande majorité des Français lors de la seconde guerre mondiale, remettant ainsi en selle des René Bousquet. Pensez-donc ! des tonnes de lettres de dénonciation, toutes plus haineuses les unes que les autres, ont irriguées les administrations Françaises durant plusieurs années. Vous ne comprenez pas, je sais et j’y viens !

 

Non, mon propos ne mérite pas encore un point Godwin, mais l’actualité et le reportage d’avant hier montrant des collaborateurs ayant eu le courage de se laisser filmer et interroger me refait penser à cette émission. Nous y voyions des Français ayant été pris dans un courant, et qui avec l’amour du travail bien fait, envoyaient des innocents dans des camps comme des lettres à la poste. Mais quel  est donc le rapport entre ce reportage et les évènements de Toulouse. Aucuns me direz-vous, n’est-ce-pas ?

 

De fil en aiguille ce reportage m’a fait penser à une autre émission, celle du jeu de la mort sur France2, diffusée voilà deux ans. Cet extraordinaire moment de télévision publique nous montrait comment, au sujet d’une émission télé-réalité imaginaire, plus de 65 % de la population était prête, grâce à des stimulis autoritaires et à la caution de la chaîne, à tuer des inconnus en toute connaissance de cause. Les amoureux des sciences sociales auront probablement reconnus l’expérience de Milgram, scientifique, elle, pour le coup.

 

Alons donc ! la majorité des Français, comme celle de toutes les autres nationalités, sont donc des tueurs en puissance, si les autorités représentatives – sous-entendu possédant la légitimité et l’autorité - les y incite vigoureusement.

 

Bref, tout être normalement constitué, possédant une intelligence moyenne, étant en situation de responsabilité hiérarchique, ou en possession d’un mandat électif populaire, même s’il n’est pas accro aux sciences sociales, sait de quoi je parle. C’est le Bouc-émissaire qui fabrique la bête et vice-versa.

 

J’ai une certitude : l’humanité est une maladie psychiatrique, sinon nous ne serions pas là pour en témoigner. Ceci-dit, certaines extrémités deviennent la norme lorsque les conditions les permettant sont remplies.

 

Et de deux

 

Je cite The Guardian : « Les meurtres de Toulouse surviennent au moment  où des politiciens Français utilisent le langage de la Haine » ainsi que le Wall Street journal qui appelait le candidat président Nicolas Le Pen etc…j’en passe et des meilleures. Le candidat sortant se Poutinise chaque jour davantage sur la scène intérieure et se Berlusconise un peu plus sur les places étrangères depuis le début de sa campagne.

 

Les récentes sorties indignes de Claude Guéant et du candidat sortant mettent encore une fois en avant leurs mentors et conseiller d’extrême droite Patrick Buisson et dans ce climat délétère, on oublie un peu rapidement de dire que les premières victimes militaires du tueur en série n’étaient pas caucasienne - comme l’on dit aujourd’hui- et s’il n’y avait pas eu le Crif, nous en aurions peut-être également oubliés que les suivantes étaient juives.

 

Et de trois

 

Comme je le pense depuis l’ouverture de ce Blog en avril 2007, Nicolas Sarkozy n’est pas un homme d’état, mais un opportuniste inculte contrairement à son prédécesseur, dont je ne partageais pas les orientations politiques – ni même grand chose à vrai dire- mais dont je reconnaissais la stature et les qualités humaines. Je me bas contre les idées simplistes et populistes du candidat sortant depuis maintenant cinq ans, et j’ai par conséquent la légitimité pour m’exprimer une fois de plus au sujet de sa politique, par ailleurs médiocre et injuste.

 

Si je me sens mal, aujourd’hui, comme la plupart de mes compatriotes ce n’est pas tant d’incompréhensions que de cette constatation : nous sommes devenus des étrangers les uns des autres. Les riches, les pauvres, les beurs, les blancs, les Catholiques, les Musulmans, les Juifs, les chômeurs, les sans-papiers, les salariés, les patrons les RMIstes etc…tous découpés en segments de marchés, pour ne pas dire découplés les uns des autres. 

 

Et notre génie, notre culte, notre dévotion, celui en qui nous avons toujours placé le bien commun, même s’il n’était que symbolique, j’ai nommé l’Etat est devenu au fil du temps un attrape-nigot à la solde du Château. Constater l’avilissement et l’asservissement dans lequel nous sommes tombés, en l’espace de cinq années, me laisse toujours aussi songeur.

 

La politique sécuritaire mise en place depuis une dizaine vient de faillir lamentablement, et l’on pourra invoquer comme en économie la puissance dévastatrice de la crise, ou les résultats meilleurs que ceux de nos voisins, nous ne serons pas dupes de cette supercherie. Même si l’on compare à postériori, cette froide tuerie, unique en son genre, aux trop nombreux massacres ayant lieu aux USA annuellement, pour relativiser celle-ci, nous aurons toujours ce goût amer d’inachevé en bouche.

 

Fort des trois constats que je viens d’évoquer, j’ai la conviction que la tragédie Toulousaine que nous sommes en train de vivre a un lien direct avec le contexte que je viens d’évoquer.

 

J’accuse, décomplexé:

 

Je n’ai pas l’âme d’un juge, mais plutôt celle d’un avocat de la foultitudes de pot de terre existants, et c’est bien pour cette raison qu’il m ‘est facile aujourd’hui de pointer mon doigt, celui-là même adressant le « problème Sarkozy » depuis 2007. Et d'autant plus facilement, qu'en tant que blogueur je suis complètement libre à ce jour. Vincent Peillon n’a t’il pas dit au sujet de ce quinquennat : « nous vivons une période d’abaissement national », c’est sans doute le recul de l’historien qui prévalait lorsqu’il a prononcé cette formule et certainement pas la posture de l’opposant.

  • Tout d’abord, j’accuse le candidat sortant d’avoir instrumentalisé de façon cynique les thèses d’extrême-droite, depuis 2007, à des fins purement électoralistes.
  • J’accuse également, tout comme la justice Française, Brice Hortefeux, mais aussi Eric Besson et Claude guéant d’avoir sciemment diffusés et alimentés les idées extrémistes dans la population, grâce aux moyens et à la prédominence de l’état dans la société, pendant une période économique difficile propice à l’avènement de celles-ci.

  • J’accuse le manque de démocratie endémique au sein de l’UMP (pas de processus de type primaires au PS), l’un des deux plus grands partis politiques Français. Celui-ci aurait dû être irréprochable sur ce sujet. Ce déficit démocratique a provoqué cette surenchère droitière parlementaire permanente sans qu’aucuns contre-pouvoir interne n’aient pu l’enrayer.

  • J’accuse les médias TF1 et M6, et ce n’est pas un hasard si le tueur de Toulouse possédait une caméra sur son torse filmant ses méfaits, de contribuer encore et toujours à l’asservissement de nos esprit grâce aux émissions de télé-réalités lessivières. Toulouse n’est elle pas l’émission de Télé-réalité ultime ? Et pour pousser l’horreur et le buzz encore plus loin, l’une d’entre elle pourrait diffuser les supposées images de cette caméra.

  • J’accuse également les Français, ceux ayant voté pour ce candidat en 2007, de négligence.

  • J’accuse la presse de n’avoir jamais été assez incisive vis-à-vis de l’hôte de l’Elysée et de n’avoir jamais réussit à mettre ses péchés de connivence historiques de côté.

Parmi les images, films et reportages divers de la semaine écoulée, il me revient ce soir une formule du siècle dernier. Une formule à Papa aurait probablement dit Mélenchon, ou plutôt une formule à Tonton:"Je crois aux forces de l'esprit" - Même aujourd'hui, et surtout aujourd'hui!

 

 

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