L'affaire Hortefeux est en elle-même un excellent révélateur des malaises actuels de la société Française. Mais pourquoi au juste ?
Cette affaire grave, qui a failli être passée sous silence, met en exergue plusieurs problèmes sociétaux actuels, sans en avoir l'air:
Le buzz médiatique nous parle de la cohésion sociale en France
L'auto-censure des médias télévisuels traditionnels
Le refus de ces même médias d'accepter le web comme un nouveau support de diffusion
La cohésion sociale
C'est évidemment ce thème que Brice Hortefeux, à son corps défendant, vient de chuchoter à l'oreille des Français. Le message est pour une fois non subliminal et exempt de "communication d'état":
"Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes."
Ces paroles sont sans doute le meilleur résumé de la langue de bois qui s'écoule dans nos médias traditionnels depuis l'avènement, amené par Sarkozy depuis qu'il a été ministre de l'intérieur, de la politique néo-conservatrice du tout sécuritaire comme l'alpha et l'oméga de nos problèmes sociaux. Inutile de préciser que ce sujet est la tarte à la crème de la droite depuis le départ de Lionel Jospin de Matignon.
Nous voilà donc sur le thème de la politique sécuritaire et/ou de la politique de l'immigration. Concernant l'échec de la politique sécuritaire, je n'y reviendrai pas. Ce gouvernement, à force d'avoir serré les boulons et les leviers sécuritaires, a fini par foirer le pas de vis de son instrument à racoler les électeurs de l'extrême droite. L'échec est donc consommé, les banlieues attendront le prochain mandat électoral pour peut-être prétendre un jour exister.
La cohésion sociale, ce mot qui claque peut cependant sans grosses déformations de la réalité se déclamer à la sauce du "chacun pour soi" actuellement. Avec comme corollaire la magnifique trouvaille de Vincent Peillon du week-end dernier: "Sarkozy est le symptôme de l'abaissement national".
Il reste donc à ce gouvernement à se déjuger sur ce thème (ce qui une tache ardue pour tout un chacun et sans doute davantage pour le président), il est donc probable que nous allons encore surfer sur ce mythe dévoyé encore quelques années.
L'auto-censure des médias traditionnels est patente
Les rédactions de LCP et Public-Sénat ont confirmé que les journalistes du terrain ont remonté l'information sur l'importance des images qu'ils possédaient à leurs hiérarchies. La décision des deux directions ne peut donc s'expliquer que par une auto-censure appliquée. Deux chaines de télévisions ont donc refusé de publier ce scoop, alors qu'elles savaient pertinemment qu'elles étaient les seules à avoir ces images?
C'est incroyable ! revoilà donc le spectre de la censure ou de l'auto-censure bien plus discrète. De quel type de censure s'agit t'il dans cette affaire ? peu importe. Une chose est certaine: la participation active de l'Elysée tant dans les nominations que dans le financement des médias depuis deux ans ne peut générer que des fonctionnements moutonniers de type. L'asservissement ou l'épée de Damoclès via une auto-censure soft ne sont en aucuns cas les meilleurs ingrédients d'une presse libre. Et pourtant, il ne se passe pas une semaine sans que l'Elysée ne confirme sa détermination à continuer dans ce sens là sur ce dossier.
Les médias télévisuels traditionnels, au mieux n'ont rien dit sur cette affaire et quand ils ont eu quelque chose à dire, ils se sont presque confondus en excuses, comme s'ils avaient été obligé de tenir des propos à charge sur Brice Hortefeux. Tout cela a frisé le ridicule parfois.
Et pourtant la première défense du ministre ( il a prétendu que ces propos ne concernaient pas les immigrés mais les Auvergats) a été taillée en pièce par la mise en ligne de la vidéo intégrale de LCP. La chaine l'a finalement mise en ligne...sous la pression du buzz médiatique.
Comment en est on arrivé là ? la seule explication rationnelle consiste à constater que le contrôle par l'auto-censure semble s'être imposé aujourd'hui dans nos médias traditionnels. Ce constat est dur à avaler mais il s'impose dans ce cas précis, Chomsky s'impose ici comme là-bas de lui-même.
La virulence des médias traditionnels à l'encontre du web
Le web serait donc un repère au mieux d'aigris en mal de reconnaissance, au pire de pervers sexuels recherchant des proies. Je fais dans la caricature, mais on se demande à la lecture de Pierre Haski sur Rue89 si certains journalistes sous la coupe d'une auto-censure dont ils n'ont que trop vaguement conscience ne véhiculent pas ces biais sans s'en rendre compte.
Et pourtant, c'est un constat! Tout plaide en faveur du web, en ce qui concerne les libertés individuelles, de l'information, ainsi que pour la richesse des points de vues et des informations véhiculées. Il y'a tout et son contraire, et en cela le Web fait appel aux pré-requis scolaires de chacun d'entre-nous: capacité d'analyse et de contradiction, recul vis-à-vis de ce qui nous est présenté.
Le web n'a pour l'instant aucune tutelle, si ce n'est Google. Et en cela, il est évidemment source de tourments lorsque l'on essaye de maitriser l'information.
je ne sais si cette affaire va faire pschitt, c'est probable, mais elle aura été riche d'enseignements !


Commentaires
"l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire."
Et quand il est en Frâââânce, Mâme Michu, y nous bouffe not' pain ...
Pschitt ? Certainement. Mais comme tu dis : "riche d'enseignements" ...
Sur ce peuple qui accepte de (et participe à) fouler au pied ses principes fondamentaux de cohésion, de respect de l'autre. D'humanité simplement.
Bon, les noirs courent vite, ont une grosse queue et sentent.
Les crouilles font un très bon couscous entre deux cambriolages et trois feux de bagnoles.(Maintenant que j'y pense, la maman de ma descendance fait un couscous à mourir ... mais n'a jamais brûler la moindre caisse. A la vue des taux de remboursement de mon assurance, faudrait que je commence à amener le sujet. En plus, c'est mal de faire mentir la pensée simpliste d'un simplet d'état)
Et les blancs français (même d'origine slave comme votre serviteur ... mais ça ne compte pas, ça reste blanc), que font-ils ?
Comme à la grande époque (vers 40-45), beaucoup de font dessus en souriant au pouvoir, une majorité collabore. Le reste s'énerve, essaye de faire dérailler les trains ... et finit en cabane, houspillé par les bien-pensants.
Au final, et si on accepte ce que cette ordure de ministre d'état (est-ce plus ... ou moins insultant que ses propres dires ?) a dit, on est dans le racisme ordinaire.
On flatte le (grrr) bon petit peuple sur ce qu'il a de plus vil.
Et surtout, on met à poil les Fâcheux Nationaux ...
Fera peut-être pschittt .... mais les régionales sont lancées.
MerachlorEt il me (tarde ? non ... plus) chauffe d'y être ....
Lancé que j'étais, j'en ai oublié de passer mes amitiés au taulier ...
MerachlorChristophe, si tu nous lis ... ,-)
Les 3 censures.
- 5 septembre : un cameraman de la chaîne PUBLIC SENAT filme Brice Hortefeux en flagrant délit de racisme anti-arabe. Gilles Leclerc, le patron de la chaîne PUBLIC SENAT, visionne la séquence. Gilles Leclerc comprend que cette vidéo est un scandale d'Etat. Gilles Leclerc ordonne de ne pas diffuser le séquence à l'antenne. C'est le premier acte de censure dans cette affaire.
- 10 septembre : un membre anonyme de PUBLIC SENAT fait fuiter la vidéo censurée en direction du site Le Monde.fr qui la met aussitôt en ligne. La censure de Gilles Leclerc a été contournée grâce à internet. Des centaines de milliers d'internautes regardent la vidéo.
- 11 septembre : la vidéo a été vue par 700 000 internautes. Gilles Leclerc comprend que le scandale ne pourra plus être étouffé. Gilles Leclerc accepte finalement de diffuser la vidéo sur sa chaîne PUBLIC SENAT le 11 septembre à 18 heures (soit 6 jours après les faits !).
Toujours le 11 septembre : alors que toutes les télévisions parlent de la vidéo diffusée sur internet, un vaillant petit village sarkozyste résiste. Dans son journal de 13 heures sur TF1, le sarkozyste Jean-Pierre Pernaut ne dit pas un mot sur la vidéo. C'est le deuxième acte de censure dans cette affaire. Des téléspectateurs de TF1 écrivent à la chaîne pour se plaindre. Le médiateur de TF1 leur répond qu'il va demander à Jean-Pierre Pernaut de parler de la vidéo dans son journal de lundi 14 septembre. On verra si Jean-Pierre Pernaut obéit.
- 12 septembre : la chaîne de l'Assemblée Nationale (LCP) est présidée par un autre Leclerc, Gérard Leclerc. Lui-aussi est sarkozyste. Lui-aussi muselle l'information sur sa chaîne. Lui-aussi ordonne de ne pas diffuser la vidéo sur sa chaîne. Aujourd'hui, la chaîne LCP n'a toujours pas diffusé la vidéo. C'est le troisième acte de censure dans cette affaire.
A lire :
http://tempsreel.nouvelobs.com/spec...
BAEst-ce que tu peux imaginer que tout simplement, des médias ont refusé de diffuser des images qui sont des images privées dans le sens où c'est une conversation entre un groupe de personnes, qui n'avait donc pas à être filmée?
Peux-tu imaginer que tout n'a pas à être étalé sur la place publique? Toi-même, ne tiens tu jamasi des propos que tu n'écrirais pas, par exemple, parce que c'est une parole rapide, une idiotie, une provocation, une boutade?
Cessons de fantasmer et de voir la méchante main du pouvoir partout.
Et ne joue pas les pleureuses : je ne connais personne en france qui a échappé au buzz.
le chafouinMais alors pourquoi Brice Hortefeux et Jean-François Copé n'ont-ils pas demandé au cameraman de PUBLIC SENAT d'arrêter de filmer ?
Pourquoi Brice Hortefeux et Jean-François Copé n'ont-ils pas dit au cameraman de PUBLIC SENAT : " Cette réunion de l'UMP est strictement privée. Notre conversation est strictement privée. Arrêtez de filmer. "
En réalité, d'habitude, tous ces politiciens utilisent les médias pour faire leur propagande. D'habitude, tous ces politiciens utilisent les caméras pour faire leur communication. D'habitude, tous ces politiciens utilisent les caméras pour montrer qu'ils sont proches du peuple, etc.
Mais cette fois, pas de chance : ça leur retombe sur la tête.
BA@Merachlor : j'ai eu la surprise lors de cette rentrée de voir que ton blog n'existait plus. Est ce un choix ?
Christophe@le chafouin : des images privées ? des images privées, l'univeristé de l'UMP. Alors même que les télé ont filmé de long en large l'événement, avec une couverture médiatique importante, tu appelles ça une réunion privée ?
Je suis moi-même invité à la moindre conférence de presse de l'Elysée, la pipolisation du politique est là que l'on soit pour ou contre. Ils ont d'ailleurs été le meilleur moteur de cette vague là. Comment peux tu penser que ce sont images privées ?
Et même si c'était des images privées (prise chez lui avec de la famille), cette abrrière n'a plus de sens aujourd'hui comme elle avait encore voilà 10 ans. L'information aurait été la même, et là elle aurait eu effectivement une odeur de souffre.
Il y'a eu effectivement auto-censure, bien que je ne saches pas pour quelles raisons. ce scoop a d'ailleurs été diffusé après coup^. Si la direction de ces chaines avaient été consistantes, elles auraient tenu le même cap...mais elles ont diffusé malgré tout la vidéo. C'est la meilleure preuve de leur mauvaise décision initiale.
Pourquoi me traites tu de pleureuse ? c'est un handicap selon toi ? bref, je connais encore une personne qui a échappé au buzz médiatique: moi-même.
Christophe.
@BA : un excellent argument BA, pourquoi n'ont ils pas demandé de couper ?
ChristopheLa majorité met en cause internet dans l'affaire Hortefeux.
La majorité de droite française met en cause le rôle d'internet dans la violente polémique visant des propos jugés racistes du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, qu'il conteste.
Après plusieurs conseillers de l'Elysée, le ministre de la Relance Patrick Devedjian et son collègue de l'Immigration Eric Besson ont estimé que l'épisode témoignait d'un fonctionnement malsain de la "Toile". Seraient, selon eux, mis en exergue des propos tenus dans un contexte privé, interprétés de manière contestable.
http://www.lexpress.fr/actualites/2...
BATrès beau contrefeu de Besson avec les tests ADN. Il fallait bien désamorcer n'est-ce pas?
magMag
@mag : Il se décharge certainement d'un gros débat pour les semaines à venir. Et on évite également le pire !
Christophe