Message aux étudiants et lycéens, futurs salariés et/ou chômeurs
1986
Etudiant en que dalle
Tu glandes dans les facultés
T'as jamais lu l'Capital
Mais y'a longtemps qu't'as pigé
Qu'y faut jamais travailler
Et jamais marcher au pas
C’est un couplet de la chanson de Renaud intitulée « Etudiant Poil Aux Dents » tirée elle même de l’album « un Olympia pour moi tout seul ». En 1986, j’étais au Lycée en première, je connaissais cet album par cœur, la faute à ma mémoire très certainement. C’est grâce aux chansons de ce disque, chantées à tue-tête à toute occasion, que j’obtins mon premier succès amoureux au mois d’août de la même année. Sophie fut, en effet, subjuguée par mon chant, pourtant aigrelet. Celui-ci n’était pas spécialement beau, ni-même original, et pas même avenant, mais il possédait l’avantage incompressible d’être interprété par moi. D’autres eurent l'occasion de chanter et de danser bien avant moi, et beaucoup d’autres continueront à jouer des castagnettes après moi, mais il s’agissait de ma vie. Cela se passait sur l’ile de Ré en 1986.
Au mois de Novembre de la même année , je me souviens bien de la brume d’alors, je chantais toujours à tue-tête les chansons de cet album, sur un air de cigale, sauf que cela se passait dans le rue. Nous étions en grêve contre la loi Devaquet, à ce moment-là. Le Lycée de Marmande devint alors chaque jour, une sorte de source de jouvence, où nous revenions seulement nous reposer, je ne l’avais jamais connu comme cela auparavant. J’ai notamment appris à jouer au tarot à ce moment-là. Fort de mon succès estival, j’en profitai alors pour emballer Linda, de la série L, grâce à mon interprétation des chansons de Renaud, celle-ci était brune et avait la poitrine aguicheuse de ses 17 ans. Nous étions à ce point enthousiastes et déterminés que Linda défila même un jour en porte-jarretelle, ce qui me fit une énorme impression. Elle attrapa d’ailleurs la crève ce jour-là.
Trois semaines de grêve, et cette sensation inoubliable de vie collective, d’échanges, de liberté, dans ce très récréatif bordel incommensurable nommé rue. Nous poussions le bouchon….. juste afin de voir ce que cela ferait. On faisait chier des automobilistes, tandis que d’autres semblaient cependant heureux de nous voir défiler. Les passants nous regardaient alors comme les bovins regardent passer les trains. Nous nous sentions affranchis, d'on ne savait trop quoi, mais notre certitude était alors irrévocable. Quelques insultes, des applaudissements, nous refaisions alors le monde.
Elle fut réellement à nous cette putain de rue durant une vingtaine de jours, nous réalisions alors quotidiennement un seating sur un Carrefour, près du boulevard Victor Hugo, et cela durant une à deux heures. Une fois évincé par la maréchaussée, nous partions, et prenions alors d’assaut l’avenue Paul Eluard, en longeant la contre-allée Albert Camus. Une fois rattrapé par les chaussettes à clou - nous glissions Linda, moi et ma main baladeuse, comme deux moineaux esseulés rejoignant le vol, vers la rue des grands argentiers ou la ruelle Bettencourt, selon l’humeur. Nous faisions également des flippers et jouions au baby-foot entre deux happenings.
Je crois bien que ce sont les seuls souvenirs de ma première au Lycée de Marmande. Une fois Devaquet renvoyé dans ses buts. Je revins à ces sacré études, Linda en bandoulière.
2010
A l’époque, 2010 n’était pour moi qu’une abstraction, une bien lointaine « odyssée de l’espace » inenvisageable. Il m’était impossible à ce moment-là de projeter ma vie au delà de l’an 2000.
2010 se pointa donc un jour. Ce fut bien davantage l’odyssée du spectacle Sarkozyen, que celle envoûtante d’un film de Kubrick , les claquettes en moins, mais la vindicte en plus. Un néo-libéral dans un costume de G.W Bush. Un clown ! certes mais un clown dangereux.
J’ai désormais la quarantaine, je suis ingénieur. La société ne m’attendait pourtant pas en 1995, comme elle ne vous attends toujours pas d’ailleurs. Elle vous tolère tout au plus, à condition que vous la fermiez et que vous continuiez à bosser gratis.
D’ailleurs la vie de merde pour les étudiants ainsi que pour les jeune diplômés débutait à peine au début des années 1990. Pas de boulot, pas assez d’expérience, qu’ils disaient ! Ils ne disent plus cela aujourd’hui, ils vous embauchent désormais à pas cher, et paradoxe des paradoxes dans le but de vous former. Pour valoriser votre CV, qu’ils rajoutent aujourd'hui!
La vie de merde des jeunes est un acquis social pour sarkozy, la vie de merde pour les plus âgés s'est joué par contre aujourd’hui. Et les plus âgés…ont maintenant seulement une génération de plus que moi. Et, je peux vous dire qu’ils ne leur tarde plus qu’une seule chose aujourd’hui: se tailler, se barrer, fuir, s’échapper ou décamper à la retraite. Le gouvernement a prévu pour eux, comme pour vous des stages, qu’ils n’ont cependant pas pu affubler du terme « qualifiant » ce coup-ci. Du baratin en plaque je vous dis !
Notre modèle social actuel est le suivant : jusqu’à trente ans, tu galères de petits boulots en petits boulots, payé au lance-pierre, ensuite si tu es bien gentil, tu seras augmenté de l’inflation chaque année jusqu’à tes 52 ans. A la moindre crise financière, tu seras ensuite viré ! pour quelles raisons au juste? hé bien parce que c’est la crise pardi, alors on déstocke du sénior trop cher ! tu toucheras alors des indemnités de chômage mais on ne voudra plus t’embaucher, parce qu’il y’ aura alors des jeunes prêt à travailler presque gratuitement, alors tu attendras la fin de tes droits. Ensuite, il te restera la prière.
Etudiants, Lycéens, vous seuls avez aujourd’hui la capacité de faire reculer ce projet de loi cynique, le salariat, et je suis immergé dedans, j’allais dire noyé, rime aujourd’hui avec frustration, humiliation, incertitude et peur. Celui-ci ne pourra pas se permettre de remuer bien longtemps, il n’en a pas les moyens financiers, la faute à ses crédits. Si ce n’est pas toi, hé bien ce seront tes camarades qui subiront ce sort un jour. Et l’on dira à nos anciens défaitistes, dans quelques années, ce que l’on m’a dit au début des années 1990 : « c’est comme cela, il faut faire avec ».
On va donc te pourrir la vie d’une désinformation malsaine, et d’un pipeau de première, en guise de conseil éclairé, passé celui-ci, on usera ensuite d’intimidations. Mais saches bien une chose : ton combat est juste ! conserves donc une seule chose à l’esprit : le retrait de cette réforme.
Lyéens et étudiants, je vous souhaite une bonne carmagnole délurée, rue Raimbaud parce que vous vous le valez bien !
L’horizon de ce mouvement est on ne peut plus limpide : le retrait de ce projet de loi sur les retraites, rien de moins. Et pour cela. Il vous faut manifester encore demain, et après demain. J'aimerais rajeunir de 20 ans, pour battre ce pavé, nom d'un chien.
Je voulais également adresser un message de soutien amical, et d’encouragement aux dockers de Marseille, il n’y a plus de gasoil à Valence depuis aujourd’hui. Continuez les gars !

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Commentaires
Très beau texte, touchant!
celesteça me rappelle des souvenirs, de la solidarité et puis surtout cette manif à Paris avec ses sirènes aux Invalides... Quelques jours après, Malik Oussekine était tué en plein Paris...
des pas perdusUn grand plaisir à te lire, à consommer pour ceux qui douteraient encore...
Stef@celeste : @des pas perdus : @Stef : bonsoir à tous ! c'était un billet en passant. je suis en train d'achever mon récit. il va rester toutes les corrections. Retour définitif bientôt donc .
peuplesbien envoyé!
sinzianafaut tenir bon, on va faire craquer sarko :D
Tiens un billet !
Les jeunes (malheureux) qui n'ont pas eu l'occasion de gueuler un jour, de sortir dans la rue avec leurs camarades de lycée ou de fac, qui n'ont pas connu comme tu dis si bien "cette sensation inoubliable de vie collective, d’échanges, de liberté, dans ce très récréatif bordel incommensurable nommé rue. " et qui n'ont pas eu d'aventure amoureuse pendant ces époques ; je pense qu'une fois adultes ne comprendront pas. Ils auront raté ce petit événement qui leur permettrait ce petit supplément d'âme, ce petit plus enfoui au plus profond de leur cerveau de cadre, d'ingénieur ou de médecin ou que sais-je qui permet le rêve, la révolte, l'envie de dire merde, de chanter ou d'écrire.
captainhaka