Eric Besson le ministre de l'immigration n'aime pas son délit de solidarité, il nous a ainsi jeté à la figure l'image d'un ministre d'état menteur comme un arracheur de dents. Pour le prouver, une fois de plus, l'affaire Claudine Louis éclaire sous un jour nouveau ce délit d'ici-bas en Sarkofrance.
Aparté 1: un Français qui va travailler à Tombouctou ou à New-York est un expatrié - En France un Tunisien, un chinois ou un libyen qui vient travailler est un immigré.
Voilà donc que cette brave dame de 58 ans, qui s'est sans doute trop entichée des magnifiques reportages de Christophe de Ponfilly sur l'Afghanistan et sur le commandant Massoud, s'est sentie poussée un brin de romantisme à l'approche de la retraite. A l'image de Massoud l'Afghan ce superbe documentaire.
Aparté 2: Massoud, le lion du Panshir, est venu demander au parlement Européen et au parlement Français une aide afin de lutter contre les talibans, il est vrai un an avant le 11 septembre 2001, il recevra beaucoup d'applaudissements de ces deux assemblées et seulement des applaudissements. Huit ans après la plupart des pays Européens ont des militaires et des armes en Afghanistan. La diplomatie est souvent aveugle et encore plus souvent sans courage.
Voilà donc que Claudine Louis sympathise avec Obaïdullah, un jeune Afghan de 16 ans. Il est malade et lui parle de son père (en Dari qu'elle comprend), un ancien moudjahidin du commandant Massoud «tué par les talibans ». Il lui parle également de son exil et de son arrivée en France en Octobre 2008.
Comment une simple action de solidarité devient un Délit de solidarité
Prise de compassion, Claudine Louis l'héberge naturellement durant 4 mois sous son toit afin de l'aider à obtenir des papier:
«J'ai seulement vu la situation d'extrême solitude et de danger dans laquelle il se trouvait" dit-elle à la barre
Elle entame donc les démarches de régularisations et constate le «parcours du combattant» qu'il est nécessaire d'effectuer. Obstinée, elle rajoute à la barre:
«J'avais l'impression que l'on jouait la montre pour attendre la majorité d'Obaï et le renvoyer chez lui»
Devant les portes fermées par l'administration qui se claquemure derrière le silence en ces temps Bessoniens, Claudine Louis se décide donc, en Avril, à remettre Obaïdullah à la préfecture de foix au guichet des étrangers. Obaï a ensuite été placé dans un foyer. Claudine Louis a donc réussi son pari: faire exister Obaïdullah aux yeux de l'administration Française.
Bien malgré elle, elle a également réussi à encourir, en vertu de l'article 622-1 du code Ceseda qui (régit le séjour des étrangers et le droit d’asile), la peine de cinq ans d’emprisonnement. Une amende de 300 000 euros (pour l'aide au séjour irrégulier d'un étranger en France) est également à l'ordre du jour pour ce délit.
C'est étrange comme les vieilles lois inappliquées depuis fort longtemps reprennent parfois des couleurs. Ne trouvez-vous pas ?
Epilogue de ce délit de solidarité
Le procureur a donc été gêné aux entournures devant l'évidente bonne fois de Claudine Louis. A peine deux mois après la médiatisation du délit de solidarité (qui n'existe toujours pas selon le ministre), "le procureur n'a pas souhaité faire un exemple au nom du délit de solidarité du cas de Claudine Louis", Il a donc requis "une condamnation avec dispense de peine". Voilà qui va bien arranger les affaires d'Eric Besson qui n'en demandait peut-être pas tant!
Ce serait tout de même sympathique si Claudine Louis faisait appel afin que son cas fasse jurisprudence et soit mieux connu des médias. Mais devant les actes simplement humains qu'elle a effectuée, nous ne pouvons que nous effacer.
La ligue des droits de l'homme entre en scène
Christian Maurice, le président de la ligue des droits de l'homme a souhaité qu'une des phrase de la plaidoirie de l'avocat de Claudine Louis: "La loi vise les passeurs et non les citoyens qui cherchent bénévolement à aider les sans papiers" soit inscrite "noir sur blanc" dans la loi.
Le commandant Massoud

PS: Massoud l'Afghan, une vidéo bouleversante sur le commandant Massoud.

Commentaires
Merci de ce billet, merci pour Massoud, pour Christophe de Ponfilly, pour ce jeune garçon et cette femme.
poison-socialJe vous remercie aussi pour cet article.
Je ne pense pas qu'il l'ai dit. Qu'importe.
asmaEn tant que victime (ce qui signifie d'ailleurs que mon raisonnement ait été perturbé par des images ou des lectures, que je n'ai possédé aucun esprit critique), je tiens à rendre hommage à ce journaliste "manipulateur" qui n'est plus parmi nous pour répondre.
Merci M de ponfilly d'avoir su avec respect filmer ces hommes et femmes étrangers que beaucoup de mes concitoyens considèrent comme des sauvages, ces hommes et femmes héritiers d'une culture longtemps supérieure à la notre (poètes, scientifiques...), d'avoir mis en exergue leur qualités fondamentales à la stabilité de toute société (famille, respect des anciens), à leur qualités d'individus (fierté sans vanité, courage).
Merci M de Ponfilly d'avoir raviver la mémoire de Joseph Kessel en nous offrant des images de ce pays où poussière et sommets montagneux sont envahis de lumière.
Merci M de Ponfilly d'avoir été l'ami du Commandant.
Cher M de Ponfilly, voyez vous, l'avoir assassiné ne leur suffit, ils désirent aller plus loin, le salir, vous salir. Combat malgré tout perdu d'avance car se sont-ils eux- même posé cette question : de qui sont ils victimes ? eux des intérêts pécuniaires qui guident leur vie du quand dira t-on de leur carrière ? de leur cynisme ?de leur vanité ???
Super, un immigré français à l'étranger est un expatrié et un expatrié étranger en France est un immigré, qu'elle est belle et riche de mots la langue française, c'est pour ça qu'on l'aime.
Par contre, un con reste un con, en France comme ailleurs dans le reste du monde.
David75@asma : merci pour votre commentaire sur ce blog concernant votre affaire. Sachez que je vous soutiens entièrement sur votre affaire. Tout d'abord bravo pour votre simple courage qui fait plaisir à voir! Ensuite concernant le titre de cet article, c'est une artifice pour montrer l'inversion des valeurs qui a lieu depuis quelques années.
Je suis, tout comme vous, resté en admiration devant Christophe de Ponfilly et ses reportages magnifiques. Je comprends donc pleinement votre geste.
J'ai encore une question: souhaitez-vous faire appel ? je pense que vous auriez le soutien de beaucoup de monde dont moi.
Encore bravo à vous,
Christophe
PS, si vous souhaitez me contacter: mon mail courriel@peuples.net
ChristopheChristophe,
Désolée d'avoir mal compris votre titre.( Cela doit être la conséquence d'une sorte de parano).
Si, le 8 septembre, je suis condamnée sans peine, je pense (mais, laisse encore un peu de temps à la réflexion) faire appel de façon à éviter une jurisprudence dommageable pour toute personne qui, à l'avenir aiderait un sans papier.
asma