La communication présidentielle avait hier soir de faux-airs de pique-nique à l’Elysée, exit les fastes de la république, les dorures ainsi que les horloges du XVIIIème. La sobriété se devait d’être le sauf-conduit de cette interview.
Nicolas Sarkozy dès le premier cadrage est apparu, non pas comme à l’accoutumée charmeur, flamboyant et dominateur, mais plutôt à la façon d’un chien malheureux, la queue entre les jambes. Bref, nous avions affaire à un président pris la main dans le pot de confiture. Un détail anodin a néanmoins retenu mon attention : ses cheveux étaient grisonnants, signe d’une décoloration visiblement abandonnée pour l’occasion.
L’objectif de cette interview était d’éteindre les deux affaires d’état intriquées, révélées le mois dernier et la semaine dernière par Mediapart, impliquant Eric Woerth et Nicolas Sarkozy. Et pour cela, la préparation médiatique de cette intervention présidentielle a été menée de main de maître par un Claude Guéant inflexible : intoxication des médias organisée dès jeudi dernier grâce à la diffusion partielle du PV d’audition de Claire Thibout, avec le Figaro en appui, orchestration du dénigrement systématique, par la bande à bader de Sarkozy, du journal Mediapart sur l’autel de la renommée et de la légitimité. Il était bien question de trompettes de la renommée pour balayer les graves accusations dont faisaient l’objet nos deux protagonistes afin de jeter l’opprobre sur le site d’information en ligne Mediapart.
Claude guéant a joué finement cette partie, sans états d’âme particuliers vis à vis de qui que ce soit ! c’est visiblement à un serviteur zélé auquel nous avons affaire. On le ferait aller très loin dans les vicissitudes des bas-fonds du pouvoir si on le souhaitait. Il y’ en toujours eu, nous avons confirmation qu’il y’ en a toujours et que ceux-ci se révèlent toujours au moment opportun.
Et puis enfin, il y’a eu ce fameux rapport de « la prestigieuse IGF » pilotée par le ministère du budget, et innocentant de toutes les suspicions de conflits d’intérêts Eric Woerth depuis 1789. Du lourd !
La prestation de David Pujadas
France2 a cédé à toutes les exigences présidentielles pour cette interview, comme le note Daniel Schneidermann ainsi que le syndicat de France-télévision. Et pourtant, pour faire une analogie footbalistique, on peut dire que le journaliste a débuté d’entrée de jeu le match dans la surface de réparation de l’adversaire, le président était de fait sur la défensive. Tout s’est ensuite passé comme l’avait prévu les communicants Elyséens, le président a pris le large rapidement, s’éloignant immédiatement de sa surface de réparation médiatique. La prestation de David Pujadas est à l’image de nos médias actuels : consensuelle, mou du genou et tétanisée. David Pujadas est arrivé doté du numéro 9 et il en est ressorti avec les gants du gardien de but.
Autosatisfecit présidentiel
Que dire sur cette interview ? que de nombreuses contre-vérités sont venues émailler le propos présidentiel ? Bien entendu et à dessein qui plus est. Que le blanchiment d’Eric Woerth a été prononcé ? bien sur. Que toutes les suspicions diverses et variées au sujet du couple Sarkozy-Woerth, et notamment au sujet des comptes de campagnes de 2007 ont été balayés une fois de plus d’un revers de main. C’est une évidence.
La question qui me brûle les lèvres aujourd’hui est de savoir si cette intervention suffira à étouffer cette formidable affaire d’état ?
A l’évidence non ! ais-je envie de rétorquer de but en blanc à cette question, et les nouvelles révélations du nouvel Obs sont là pour étayer cette envie de justice inépuisable dont nous avons besoin. La presse a mis le doigt au cœur du système sarkozyen, et les révélations vont certainement continuer. Quant à la justice, celle-ci semble bien entravée aujourd’hui.
Et alors, ais-je envie de rajouter ?
Peu importe ce qui s’imposerait à tout honnête homme, L’Elysée joue un combat idéologique dans lequel, ces détails n’ont plus aucunes espèces d’importances. Il est désormais uniquement question de l’emporter dans la « mère des batailles » par tous les moyens à disposition. Cela fait, de plus, le miel de la chronique blasée et convenue d’un slate.fr.
Allez une pique pour ne rien dire : je ne brocarde pas Slate.fr puisque je fais une critique constructive, et la nuance est de taille ! je dis seulement que sa chronique quotidienne désabusée et lavasse du monde qui défile devant nos yeux prédestine ce site à devenir un marivaudage mondain de la bienséance de quelques bourgeois de gauche et de droite affranchis de la course mensuelle à sa subsistance. Et il faudrait que l’on s’esbaudisse devant ces chroniques de la jubilation d'une déliquescence du pouvoir actuel ?
Bref, les Français vont s’accommoder, à gauche comme à droite, de ces non-révélations de slate.fr, tout comme de celles de Mediapart mais également de l’allongement « inévitable » de l’age légal de départ à la retraite. On pourra arguer pour appuyer cette réforme que « tous nos voisins l’ont fait» pour épiloguer une dernière fois sur les élucubrations présidentielles d’hier soir .
Alors pour se laisser aller à quelques slateries d’usages : de toute façon, cela a toujours été comme cela en France, n’est ce pas ?



Commentaires
"L'acceptation" du Pipo politique est devenu un sport national... C'est d'ailleurs étonnant que cette affaire ait vu le jour, tant les évènements sont incroyables, disons difficiles à vendre...
"Vous m'imaginez aller chercher mon enveloppe kraft..." j'ai envie de dire qu'on l'imagine que trop bien ...
Stef@Christophe,
Michel P.@Stef : "Vous m'imaginez aller chercher mon enveloppe kraft..." j'ai envie de dire qu'on l'imagine que trop bien ...pareil pour moi et avec un merci appuyé à la fin de la phrase.
@Michel P. : dur! c'est bien la première fois que tu dis ça !
ChristopheLa parole du président nous coince.
Dans un cabinet de psy (imaginaire) arrive un patient qui raconte que son père un jour, alors qu'il était chef de la police, en pleine campagne électorale, a arrêté un dangereux bandit corse ….(silence du psy) … il est ensuite monté sur une chaise et il a clamé sa joie : "c'est moi que je, a-t-il dit en substance, et il a ajouté, en montrant C., il a tué un homme".
Le psy consulte la presse de l'époque, s'aperçoit que C a été, par la suite, jugé coupable mais que depuis, le procès, comme dans un mauvais rêve, ne cesse d'être cassé et rouvert. Compulsivement.
À l'origine, il y a ce que dit le père du patient : "il a tué un homme", c'est là pour le "sujet", parole de vérité, parole fondatrice et qu'il est impossible de déjuger. Les juges chargés de juger C ne peuvent pas le condamner parce qu'il est "déjà" coupable : le procès part en quenouille et le système judiciaire s'effondre sur lui-même dans, ce qu'on appelle, une parodie de justice.
La presse américaine "doit" destituer Nixon et "doit" faire avouer à Clinton son mensonge. La presse américaine parvient à "comprendre" que le milieu vital d'une démocratie, c'est la vérité, que c'est le rôle de l'autorité de la porter, de la garantir, qu'il n'y a pas d'autre alternative lorsque le représentant de cette autorité manque à sa parole, manque à sa place, que de le destituer. La perversion consiste à croire que l'autorité repose sur la force alors qu'elle ne tient qu'à la vérité. Je m'en remets à mon père, non parce qu'il est fort, mais parce qu'il ne ment pas. Je peux mentir, parce que lui ne ment pas.
La vérité est une condition. Sans elle pas de parole possible. L'autorité s'effondre chaque fois que la confiance dans la parole est perdue. Il faut que "l'usurpateur" soit convaincu de mensonge, ou bien qu'il avoue publiquement son mensonge : seule la loi peut annuler la loi.
Tant que le père de notre patient ne reconnaitra pas lui-même son erreur, sa faute, son manquement, notre patient en portera le poids comme une faille à cacher (la presse qui n'a pas réagi comme il aurait fallu, au moment des faits, couvre ce manquement et celui du chef de la police, par un flux d'informations qui nous laissent un goût amer : c'est ce qu'on appelle un silence assourdissant).
Il faut une presse libre qui morde et ne lâche rien. Sinon on glisse dans une dictature soft où la force justifie tout.
gloupi@gloupi : en forme gloupi à ce que je vois !
Christophe@Stef : J'ai du mal à l'imaginer ne pas repartir avec une enveloppe kraft...
Vatou@Stef : J'ai du mal à l'imaginer ne pas repartir avec une enveloppe kraft...
Pujadas a bien mérité sa laisse d'or, il a fait du un boulot de chienchien, allez, rentre au chenil maintenant, pardon, à France 2...
http://www.leplanb.org/Communique-D...
Vatou