C'est un cri de rage, mais aussi d'exaspération, que je veux pousser aujourd'hui. Ce ne sont
pas encore des convulsions mais il s'en faudrait de peu, car comment peut-on accepter que 73 % des Français soient pour un hébergement
obligatoire des sans-abris en cas de grand froid?
Les SDF débarquent chaque année dans les JT et sur la scène médiatique
dès que la température commence à fleurter avec zéro degré. Le moment
est donc venu, et c'est le marronnier médiatique
hivernal. Rue de la banque les SDF meurent, voilà le cliché qui est
imprimé sur notre front, qu'il soit vrai ou faux peu importe.
Premièrement, il faut comprendre le problème dans son ensemble et Mathieu
dans ce bon billet fait parler son expérience de bénévole auprès des sans-abris (comme nous les qualifions pudiquement).
Quelques extraits représentatifs du billet de Mathieu:
- tous les habitants de la région parisienne voient tous les jours des SDF et les côtoient dans les rues, les transports en commun, les lieux publics. Cependant, la majorité d'entre eux ne leur adresse jamais la parole.
- la solidarité réapparaît assez rapidement lorsqu'on a la souffrance au pied de chez soi
- Dans la plupart des cas, les gens se prennent en charge, parviennent à trouver des contacts dans les services sociaux
- La plupart des clochards sont atteints par diverses pathologies relevant de la psychiatrie et qui ne sont pas traitées
- les études montrent qu'une personne qui vit plus de six mois à la rue, ou qui y passe un hiver, est fatalement atteinte par ces maladies psychiatriques
- Beaucoup d'entre eux finissent par ne plus pouvoir se réinstaller dans un appartement sans un vrai travail de réadaptation
- Pourquoi un tel niveau d'insécurité pour les SDF dans ces centres: Souvent, ces centres sont à peine gardés
- Cela ne peut se faire sans une forte politique de traitement psychologique des clochards, qui n'est vraiment possible que si la personne en question y est prête. Dans la plupart des cas, ils ne le sont pas; certains prétendent même que la rue est un choix, qu'ils y sont heureux et qu'ils n'en sortiront pas
C'est donc davantage par peur de se retrouver à la rue que les gens "normaux", c'est à dire s'intégrant dans la norme sociale acceptable à un moment donné, épprouvent un relan de bienfaisance maladive pour eux-mêmes. De là à souhaiter du bien pour soi-même, et selon ses propres critères, il n' y a qu'un pas - et il est vite franchi semble t'il avec ce sondage époustouflant. Ce sondage n'est donc que le pale reflet des peurs individuelles exacerbées par le dumping social d'état. Les Français ont peur. Et dans cette situation nouvelle, ils ont peur de descendre d'une marche la société qu'ils batissent sans trop y croire. De cette peur nait cet incroyable sondage, qui met en exergue la méconnaissance de l'autre: "ce SDF que je ne souhaiterais pas devenir".
Avez-remarqué: lorsque l'on voit un reportage au sujet des SDF, avec quelles infinies précautions et avec quel tact les bénévoles établissent un contact même infime soit-il avec ces personnes déchues ponctuellement ou définitivement de tous les droits fondamentaux ? Ces hommes ou ses femmes sont comme vous et moi, ils sont là peut être par hasard, mais la seule chose qu'ils ont encore à défendre est cette petite parcelle de dignité qu'il leur reste encore. Alors les "forcer à se rendre dans un centre d'hébergement" est très certainement la goutte qui peut fait déborder le vase, déjà bien rempli par ailleurs.
Cette méconnaissance crasse des ressorts fondamentaux des humains n'est pas l'apanage de ce gouvernement-ci, car Sarkozy, tout comme Jospin à l'époque s'étaient engagés "s'ils étaient élus" à éradiquer le "problème" des sans-abris. Le mot n'est pas trop fort, et je suis intimement persuadé qu'en leur fort intérieur ils y croyaient. "éradiquer": c'est soustraire à nos yeux cette image de nous-même que nous ne pouvons pas voir.
Il va sans dire que le gouvernement actuel, avec ses lois de plus en plus liberticides et toujours plus astreignantes, repousse "la norme socialement acceptée" toujours plus loin. Il y'a donc aujourd'hui le risque que la crise dans laquelle nous nous enfonçons, avec une joie médiatique immodérée, entraine beaucoup de gens dans la précarité dans les mois à venir. Et ce n'est pas en enlevant les moins-values boursières du revenu imposable pour les contribuables ayant un pécule que l'on va régler ce problème.
Nous avons un problème délicat qui dure depuis des milliers d'années et que fait ce gouvernement?- Fidèle à sa méthode du "vite fait-mal fait et jamais solutionné" il essaye de cacher la poussière sous le tapis. Le fond de tout ce problème se trouve très certainement dans ce terme que Mathieu a répété à maintes reprises: Maladies psychiatriques. Y'a t'il un plan visant à traiter les maladies psychiatriques dans les années à venir? La réponse est donnée par le dernier classement de notre système de santé qui est désormais classé 10ème en Europe après avoir été longtemps premier.
Non seulement ce sondage nous montre à nous-même, les gens "auto-proclamés normaux" nos propres limites, mais il milite pour un traitement spécifique de ces multiples situations sociales difficiles. Il y'a fort à parier que dans cette anti-socialité déclarée, nous ayons fort à apprendre sur les ressorts de l'exclusion du champ normalisé de la société. car le regard de ses SDF sur notre monde est infiniment plus dur que ce que nous voulons bien entendre.
une brève histoire d'un homme



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