J'avais un pli western union pour le Cameroun à réaliser ce matin, je me suis donc rendu à la Poste. Une fois les deux grands parachutés à l'école, tandis que le troisième suçait mon sein en bandoulière....je m'égare là. Tandis que le troisième était dans son siège auto, sanglé comme un cosmonaute, à l'arrière de ma voiture : je me suis donc garé sur la parking de la poste, une fois ces largages effectués.

Premier étonnement, un fois le stationnement réglé: la poste existe donc encore !

Ce reliquat du XXième siècle, berceau de notre enfance était en général situé idéalement pas très loin de l'église et à coté de la mairie. Des martinets virevoltaient souvent sous le soleil dès 9 h du matin, près du clocher, pour couver cette France républicaine et laïque qui se perpétuait dans un idéal fêté, figé et rassurant depuis toujours. Mon respect, envers ces institutions et ces libres associations cultuelles, me tirait tous les matins du lit pour retrouver la maitresse m'enseigner l'histoire de France sur la carte craquelée - sur celle-ci l'Alsace et la Lorraine étaient teintes d'une couleur étrangement orangée. C'était de toute façon bien loin l'Allemagne, et ils ne se repointeraient pas de sitôt de toute façon dans le sud-ouest m'avait déjà dit mon grand-père. Les Allemands - je ne les connaissais que par la voix rassurante de ma grand-mère: un parachutiste Américain fusillé au coin du restaurant en face... et puis et surtout, le jour où ils sont rentrés dans la cuisine chercher des victuailles. Heureusement, les jambons et les patés étaient, de toute façon, bien cachés sous les sarments de vigne près de la cuve à vin.

-Ecoute moi bien, tu feras ce que tu voudras quand tu seras plus grands...mais ne te maries jamais avec une Allemande, jamais. Elle rajoutait ensuite maladroitement: c'est trop peureux, un sanglot à demi-étouffé.

Mon grand-père paternel, dont je devais perpétuer immanquablement son nom un jour, était cultivateur. Il me promenait régulièrement le béret vissé sur la crâne, en tracteur Hanomag  acheté à la libération (à l'Allemagne), et avec la remorque lorsqu'il avait la flemme de l'enlever. Il m'emmenait voir, le maïs pousser, la Garonne en crue, l'éclosion des chênes, les cerises sur les arbres, les raisins sur la treille de la cabane en pierre, près de la vigne, d'où sortait certainement une piquette sans nom. Bref, tout ce qui faisait sa vie depuis bien longtemps déjà.

J'avais la certitude, grâce à cet environnement protecteur, que tout était question de choix, et je nourrissais en secret le rêve de devenir moi aussi cultivateur un jour.

Voilà donc que mes machines désirantes se remettaient en marche, ce matin, en faisant ces quelques pas jusqu'à ce bureau de poste irréel. Le libéralisme nous garantit maintenant trois facteurs, douze mairies, cinquante églises, et une demi-douzaine de fournisseurs d'électricité, le tout garanti à un prix modique grâce à une concurrence libre et non faussée.

Ma jeunesse a été passée à la moulinette de cette concurrence libre et non faussée.

Une retraite faussée

Je me mets donc à faire la queue, puisque pour des raisons de liberté fondamentale de l'individu, il n'y a pas assez de monde au guichet. Il y' a comme un murmure sourd de mandat postal de début de mois dans cette pièce. Deux mamies font la queue devant moi, la plus jeune dit à l'autre:

-Vous savez quand j'étais jeune, on était quatorze à la maison, c'était avant qu'ils inventent la...chose là.

-Oui c'était comme cela partout

-Et mon père et ma mère, ils travaillaient mais ils arrivaient à payer leur maison.  tandis qu'aujourd'hui avec la retraite de misère qu'ils me donnent, j'ai à peine de quoi à payer le loyer et les courses.

-Et oui !

je suis toujours très patient, dans une file d'attente. cependant lorsqu'une guichetière est partie, faire une pause pipi, fumer une clope, ou boire un café, le murmure s'est transformé en invectives envers les employés.

-Ils peuvent pas en mettre davantage au guichet ?

-c'est comme ça maintenant !

-cela me rappelle la réponse du responsable de la vente la semaine dernière: mais madame, vous souhaitez re-commencer à travailler à votre age, mais nous ne prenons pas de vieilles. Et c'est vrai que dans le magasin il n'y avait que de très jeunes filles.

Seulement 38 % des français travaillent entre 55 ans et 64 ans, parce que les entreprises estiment ne plus avoir besoin de leur salariés à partir de la cinquantaine. Après avoir récupéré le parachutage du matin, J'apprends en rentrant que même si nous travaillions jusqu'à 65 ans, le déficit du régime des retraite ne serait réduit que de moitié en 2050.

Il faut donc bien entendu faire cotiser les employeurs, pour notre chômage forcé à partir de cinquante ans, c'est la première évidence qui vient à l'esprit mais il faut également se donner des marges de manoeuvre supplémentaires afin d'être davantage à l'aise sur ce sujet là. J'ai une conviction, comme je le mentionnais la semaine dernière: il faut saboter la réforme en cours afin d'imposer ce thème, emblématique de notre modèle de société, sur le tapis pour 2012. Il n'est en effet pas pensable d'être contraint à une nouvelle réforme mal ficelée sur ce dossier là comme sur les autres. Des pistes existent, avec les droits de douanes dirigés vers les pays à bas-coûts à la concurrence déloyale, mais l'Europe s'interdit cette voix.

Les idées ne vieillissent pas, contrairement à ceux qui les ont porté. C'est pourquoi le message porté par le Conseil National de la Résistance est toujours d'une actualité brûlante. Contrairement à Denis Kessler, je le cite "Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Adieu 1945, raccrochons nous au monde.", Je m'inscris pleinement dans la lignée de mes aieux pour perpétuer le message Français de la CNR ici et dans le monde.

Si vous n'avez pas encore vu cette vidéo de vos aÎeux, prenez cinq minutes :