Je ne reviendrai pas sur le fond de cette récupération historique à des fins Politiques. Ce que j'avais écris le 19 septembre me convient toujours:

Le fondement même du combat de Guy Môquet dévoyé en une rite d'admiration institutionnel lui ôte aussitôt le message dont il était porteur.
(Tout comme le musée tue l'Art, en lui enlevant sa vie.)

L'instrumentalisation, pour ne pas dire la manipulation de l'histoire, par les politiques est archi-connue. Seule l'histoire avec son travail patient de recherche permet de rétablir les vérités au fur et à mesure que le passé devient de moins en moins prégnant.
Un exemple parmi d'autres, Nicolas Sarkozy s'est servi de ce jeune homme pour faire passer le message qu'il avait à faire passer en ce début d'année. Et il s'est servi de cette histoire de résistance pour mieux assoir sa dialectique droite-droitière afin de rafler les voies du Front-National. Cela a marché, n'y revenont pas.

Ce rappel historique qui aura lieu sous nos yeux est tout de même intriguant, de mon point de vue, pour trois raisons:
La première tient simplement à la manipulation que je viens d'expliquer mais la deuxième me semble davantage perverse puisqu'elle "retourne" l'objet de la lutte de ce jeune homme qui, rappelons le était communiste, au service de l'idéologie de Nicolas Sarkozy de ce début d'année. La posture de notre président durant la campagne était une posture de droite libérale proche du Front-national, à l'opposé de la lutte qu'a mené Guy Môquet. Ce "retournement d'idée" est d'autant plus choquant, qu'il transforme radicalement le message issus de la lutte de ce jeune Homme, et donc de sa mort prématurée.
La troisième raison qui me gène, un peu moins il est vrai, est pourquoi lire cette lettre si empreinte d'émotion et de sincérité en Public ? cette lettre tient davantage du ressort de la poésie et donc de l'intimité et de l'individualité que du Public et de l'agora. Il y'a là, même posthume, une pipolisation des émotions humaines très à la mode depuis peu.

Une strophe d'un poème trouvé dans la poche de Guy Môquet, lors de son arrestation, dit également ceci :
                                                Les traîtres de notre pays
                                               Ces agents du capitalisme
                                               Nous les chasserons hors d’ici
                                               Pour instaurer le socialisme

Ce n'est pourtant pas ce poème qui a été retenu, il est pourtant certainement plus représentatif de son combat, et de ses idées que la lettre personnelle à sa famille qui a été choisie. Odile Nilès, résistante et amie de Guy Môquet en détention au camp de Chateaubriant en 1941 nous confirme cela sur cette bande audio exceptionelle :
                                
                                            Si Guy revenait: il serait fou

Nicolas Sarkozy a été élu, et il a depuis quitté sa posture "Front National" d'entre deux-tours. Mais il se doit toujours de donner quelques gages de sincérité, au titre de ses engagements de campagne passés, à ses anciens électeurs FN. Il faut interpréter cette Lecture du 22 octobre comme une réalisation de ses promesses passées destinée uniquement à ses électeurs FN du second tour. 

Pendant ce temps-là, la meute rode: Henri Guaino a de nouveau fustigé ces professeurs « dont la nation a payé des études, dont la nation paie le salaire », et qui refusent de lire à leurs élèves la lettre du jeune résistant. Il a certainement, lui aussi, oublié par qui il est payé, par nous, par vous et par moi-aussi en l'occurrence.
Entendre cela de sa bouche est donc presque sublime. D'après Le Figaro il serait à l'origine de cette affaire auprès de Nicolas sarkozy durant la campagne, il pousse donc le SAV de son Bébé qu'il a vendu à Nicolas SArkozy.

Cette lecture se résume donc à ce petit widget du site de l'académie de strasbourg. Cette académie est prête à chasser et dénoncer les sans-papiers :

                                      Lettre-Guy-M--quet.gif

Ce héro, au sens poétique du terme, est donc réduit à une contrainte scolaire, qui va provoquer à n'en pas douter d'importantes éruptions lacrymales dans tous les lycées de France et de Navarre, et certainement du beaume au coeur aux élécteurs FN de Nicolas Sarkozy du second tour de l'éléction présidentielle.