C'est Anne, une lectrice, qui vient de m'informer cet après-midi qu'une occupation d'école est prévue pour mardi 16 décembre dans les écoles de La Roche-Clermault et Marçay près de Chinon. Cette occupation est assez inédite puisqu'elle inaugure un nouveau rapport de force entre les représentants sociaux et le pouvoir politique.

Anne déclare :
"Nous, représentants de Parents d'élèves, enseignants et élus du secteur du Chinonais (37 - et qui regroupe Chinon et tous ses villages alentour) avons été invités à une réunion pour être informés des nouvelles réformes Darcos. Lors de cette réunion, Les Représentants de Parents d'élèves de chaque village présents ont décidé de réagir et de se mobiliser en occupant solidairement toutes les écoles concernées un même jour, le mardi 16 décembre 2008 toute la journée".

Cette manifestation, vis-à-vis de la réforme de xavier Darcos, prendra la forme suivante:
la cour de l'école et les bureaux des directeurs seront occupés. Les classes ne seront pas occupées "par respect envers les élèves et les enseignants".
Ce type de désobéissance civile ou pédagogique, peu importe le nom dont on l'affuble, devient de plus en plus fréquent depuis quelques semaines. Je pense, en disant cela, à la lettre de Bastien cazals sur laquelle j'avais fait un billet la semaine dernière. Anne rajoute "savoir que beaucoup d'autres écoles bougent sur tout le territoire national. Malgré les "maigres" infos de la Presse, nous connaissons la situation actuelle".

Les raisons de ce mécontentement se sont cristallisées sur plusieurs points d'achoppement avec la réforme en cours:

  • Suppression des R.A.S.E.D. (Réseaux d'Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté)

    Ce réseau est constitué de spécialistes :

    - les psychologues scolaires

    - les maîtres E (enseignant spécialisé et formé pour aider les élèves en difficulté d'apprentissage).

    - les maîtres G (Ces maîtres prennent en charge les élèves qui n'ont pas de problème d'apprentissage direct mais des troubles du comportement)

  • Une des réformes de Xavier Darcos est de supprimer ces réseaux d'aide (déjà 3000 postes supprimés à la rentrée 2008) ou de les transformer en intégrant ces enseignants spécialisés directement dans les écoles primaires et maternelles en tant que personnes ressources

  • Une autre réforme : la transformation des écoles maternelles.

    Pour y entrer, un enfant devra avoir 3 ans révolus et passer des tests d'évaluation. Par la suite, cette admission passera à 4 ans, puis à 5 ans. Donc, mort de l'école maternelle.

  • Le projet ministériel vise à supprimer petite et moyenne sections (dans un but purement économique) et de les remplacer par des "jardins d'enfants" à mi-chemin entre la crèche et l'école. Ces établissements seront privés, et donc, payant par les parents !



Effectivement cette somme d'informations locales est importante en soi, mais ne fait pas la une de nos médias, Libération a cependant fait un article à ce sujet hier. C'est donc par les canaux des blogs que cette information circule le plus aisément.

Le site une école-votre avenir, sur lequel une pétition est en ligne est pris d'assaut depuis plusieurs heures, il est impossible de se connecter. De plus l'affaire Bastien Cazals est en train de faire un véritable buzz médiatique sur la toile. En effet suite à mon précédent à son sujet de la semaine dernière, il y'a eu aujourd'hui une explosion de visiteurs sur Peuples.net avec l'occurrence Bastien Cazals sur les moteurs de recherche (merci Google).

Il se passe donc bien quelque chose actuellemnt. Dans l'état jacobin dans lequel nous vivons,
l'état est omniprésent. La durée de vie d'un gouvernement, d'un ministre, d'un premier-ministre était inversement proportionnelle à la taille des manifestations Parisiennes qu'ils pouvaient susciter. Cette situation a perdurée longtemps avant la venue "du sachant" (terme du président) à l'Elysée. Désormais, comme le constate avec justesse Sarkozy, les manifestations ne prennent plus et n'ont plus de prise sur son autonomie politique. C'est sans doute grâce, et à cause, de ce constat que les intervenants locaux sont en train de se structurer afin de mener la contestation au plus près de leurs habitations. Cette démarche aurait fait sourire auparavant, désormais je crois que la notion de démocratie participative qui faisait doucement rigoler certains voilà deux ans prend doucement corps (et âme).

Et c'est avec une jubilation non dissimulée que j'en vient à me demander: jusqu'où ce type de "révoltes participatives" peut nous mener?