Pierre Catalan a salué sur un billet l'article de Jean-louis Bourlanges sur le Monde suite à son départ du parlement Européen.

Il quitte le parlement Européen après 18 années de mandat, le titre désabusé de son article: "L'Europe fait semblant..." souligne à la fois son intégrité et sa vision négative de la construction Européenne actuelle.

Il a passé une partie de sa vie à l'UDF et a été son vice-président, il n'a intégré ni le Modem, ni son ersatz Sarkozien cette année. Il a appelé à voter Nicolas Sarkozy au second tour de l'éléction présidentielle.

L'Europe, pour cet homme de conviction, a sans doute été pour lui le moyen de sublimer son parti et ses idées nationales. Elle lui a peut être aussi permis de transcender ses convictions afin de créer l'Europe que nous connaissons aujourd'hui.
Seul un chantier supra-national tel que celui-ci, ou l'idée que l'on se fait d'une chimère, peut transformer des élus de la sorte, je pense à Jacques Delors en disant cela.

Un florilège des meilleurs moments:

"Elle (l'Europe) a atteint un palier et elle continuera de fonctionner cahin-caha sans développement institutionnel et politique majeur pour au moins une quinzaine d'années. Elle va connaître ce que Keynes appelle un équilibre de sous-emploi. C'est faiblement exaltant."

"Le Parlement, comme d'ailleurs la Commission, a peu à peu cessé d'être le laboratoire d'une volonté commune pour devenir un simple lieu d'arbitrage entre intérêts nationaux, un double du Conseil"

"Regardez le processus de Lisbonne en 2000 : on a défini des objectifs mirifiques qui devaient faire de l'Europe la puissance économique la plus compétitive du monde, et il n'en est pratiquement rien sorti puisque la réalisation de ces objectifs reposait exclusivement sur la capacité de chaque Etat à faire le travail chez lui"

"Ce que les Européens ne font pas pour eux-mêmes, personne ne le fera à leur place, Nous avons depuis un demi-siècle laissé les Américains défendre cet héritage commun"

"Aujourd'hui, l'Union européenne s'efforce de jouer vis-à-vis des peuples de sa périphérie le même rôle que les Etats-Unis vis-à-vis d'elle il y a un demi-siècle. Le problème, c'est qu'elle ne s'est pas donné les moyens de son ambition comme on l'a vu et comme on risque de le voir encore en Yougoslavie"

Un grand chapeau donc à l'homme, même si je ne partage pas ses convictions au sujet de la prééminence du marché, du libéralisme, de la liberté des échanges, et de la concurrence non faussée qui sont utiles certes mais qui ne peuvent en aucuns cas amener les peuples Européens (et Mondiaux) à dépasser leurs identités nationales ainsi que leurs chauvinismes "naturels".
Le seul défi du XXIème siècle qui vaille aujourd'hui se nomme "réchauffement climatique", et ce grave problème ne pourra être résolu qu'avec un abandon progressif de ces idées libérales.  Jean Louis Bourlanges constate d'ailleurs, avec amertume, dans cet entretien que les égoismes nationaux ont pris le dessus sur la construction collective de l'Europe.