Nous venons de nous procurer le document de travail de la convention nationale du parti socialiste du 19 avril 2010.

Ce document va servir de trame à un débat dans les sections au PS durant le mois de mai.

Le document est assez riche. Je partage pleinement son avant-propos concernant le constat longuement développé au sujet de la fracture sociale (???), celui-ci est très consensuel, jugez en par vous même:

  • "L’emprise croissante de la finance soumet notre économie à la voracité d’une minorité et à la tyrannie du court terme."

  • "L’explosion des inégalités fait se cotoyer l’hyper-richesse et la précarité."

  • "Le déficit de régulation des échanges mondiaux a mis les pays et les Etats en concurrence"

  • "Notre modèle de croissance a aussi provoqué une crise environnementale."

Il faut donc:

  • "La gauche pour inventer un nouveau modèle"

car

  • "Nous vivons la fin d’une époque"

et

  • "En France, Nicolas Sarkozy incarne cette politique d'aggravation"

Bon, on pédale un peu à vide, et si je devais faire de l'ironie, je dirais qu'il est bon de rappeler aux militants socialistes le pourquoi de leur engagement parfois.

Un bémol taille XXL vient émailler la fin de cet avant-propos: "Mettre fin aux déséquilibres de la mondialisation prendra du temps et il faut le dire honnêtement."

Les clefs du nouveau modèle socialiste:

Afin d'ouvrir les portes du bonheur, les prérequis:

  • La priorité au long terme plutôt que la tyrannie du court terme.

  • La justice plutôt que la captation des richesses par une minorité.

  • Le bien-être plutôt que le tout avoir.

  •  Les biens publics et la solidarité plutôt que l’individualisme.

  • Donner les moyens de maîtriser son destin 

  • La société de la création plutôt que la société de la fausse performance.

Coté industrie, la création "d'un Pôle public d’investissement industriel" est prévue. Celui-ci sera abondé par une partie du Crédit d'impôt-recherche actuellement distribué aux entreprises. Je partage pleinement cette ambition puisque le CIR tel qu'il est réalisé actuellement n'est qu'une remise d'impôt aux grandes entreprises. Un "small business act" façon US sera également au rendez-vous afin d'impliquer davantage les PME dans les commandes publiques. C'est une excellente chose.

Mais c'est là que cela se gâte: "Le contexte d’une économie mondialisée nous impose de développer une stratégie européenne." et plus loin "Nous voulons enfin une vraie politique industrielle en Europe et l’émergence de champions européens." Bref, les leviers ne sont plus là, alors, comme pour la taxe carbone récemment, on refile le bébé au trou noir Européen. La deuxième partie concernant les "champions Européens" est une obsession Française qui fait rire tout bas nos voisins.

Et encore des voeux pieux lancés en l'air : "nous proposons de lancer une coopération européenne renforcée en matière énergétique, qui pourrait préfigurer une véritable Communauté européenne de l'énergie". La CECA, la communauté européenne du charbon et de l'acier a eu le vent en poupe dans les années 50.

Coté agriculture, "La juste rémunération des agriculteurs" se fera "grâce à la contractualisation entre agriculteurs et consommateurs" afin de privilégier le « manger mieux »....les violons jouent une sonate..... on est là dans un rêve abstrait ne préfigurant que du bla-bla à venir.

Le travail

Les mesures phares:

"Nous proposons d'instituer dans ce cadre un dispositif de droits de tirage sociaux qui dote chaque Français d'un compte formation. Crédité au début de la carrière à proportion inverse de la durée d'étude" Une excellente proposition puisque la Formation ne serait plus organisée sous la houlette des entreprises mais par un organisme public transverse.

"Nous proposons qu’au sein des entreprises qui ont une participation publique dans leur capital, les salaires soient compris dans une échelle de l’ordre de 1 à 20."

"La notation des entreprises est un autre enjeu important. Nous proposerons de créer de nouvelles normes comptables européennes qui intégreront l'empreinte écologique et les critères sociaux (structure de l'emploi, niveau des rémunérations...)" la norme comptable actuelle ( IAS) est partagée au niveau Européen, elle est d'inspiration américaine.

La concurrence internationale.

c'est sans doute le volet le plus intéressant de ce projet: "La refonte du système commercial international passe d’abord par une bataille des normes au service d’un nouveau modèle de développement à l’échelle internationale. Les normes sociales, sanitaires, culturelles et environnementales doivent être opposées aux principes du libre commerce dans le cadre de l’OMC. "

je partage évidemment ce souhait, mais nous rentrons là dans le domaine de l'incantation. Enfin du concrêt: "En cas de non-réciprocité, la mise en place de tarifs extérieurs communs spécifiques".

"L’OMC et l’Union européenne doivent replacer le commerce au service du développement des pays les plus pauvres" Pascal Lamy, le directeur général socialiste de l'OMC n'y est donc pas encore arrivé semble t'il.

Fiscalité

"suppression des mesures fiscales de la droite à commencer par le bouclier fiscal, suppression d'une partie des niches fiscales et sociales, élévation de la fiscalité sur le patrimoine. " Une excellente chose.

Suite et fin

Ouf, j'ai fini la lecture de ce projet passablement lourd. Ce qu'il manque là dedans....c'est de l'enthousiasme, nom d'un chien !

Et le bémol cité dès le début de l'avant-propos n'est que le pendant de "la libre concurrence européenne libre et non faussée", celle-là même qui fait fuir les emplois. L'Europe politique n'est plus, et son fantôme hante encore sous forme idéologique nos politiques. Un peu de raison et de pragmatisme ferait que ceux-ci ne laisseraient pas l'industrie et bientôt la R&D fuir la France. On se gaussait de l'euro faible, voilà dix ans, nous l'accusons désormais d'être trop fort sans décider pour cela à quel niveau il devrait être. L'Euro doit persister sous sa forme actuelle, mais le parti socialiste doit impérativement sortir du carcan Européen trop contraignant afin de retrouver des marges de manoeuvre. Les déficits actuels sont structurels pour une dizaine d'année et rien ne laisse entrevoir une amélioration du climat social en France  sur le moyen-terme. Il faut donc tirer la leçon de l'échec politique de l'Europe afin de donner le change aux Français pour une politique de proximité sans faux-fuyant Européen. C'est à ce prix et avec un enthousiasme retrouvé, que nous réhausserons les épaules pour remodeler ce pays que nous ne reconnaissons plus. Le traité de Lisbonne n'a pas été voté par les français, il doit donc être révoqué, nous nous devons de reprendre les rênes d'une France intégrée à ce gigantesque Wal-mart Européen. Fort de ce leadership là, une Europe des peuples sera peut-être la récompense à ce travail national.

Oui, le projet socialiste est un bon projet de social-démocratie, et celui-ci aurait sans doute donné des résultats voilà encore dix ans, mais je ne me fais aucunes illusions au sujet des résultats potentiels escomptés dans le contexte actuel.