Il vient de se passer quelque chose de remarquable aujourd'hui: le président vient de communiquer...vous me rétorquerez avec justesse: nous sommes habitués - Et vous aurez bien raison !
Oui, mais lorsque le président envoie une tribune au Monde, il y' a de quoi à se poser des questions, puisque le moins que l'on puisse dire, c'est que cette pratique n'est pas dans son modus operandi habituel. Un passage sur les plateaux télé ou à la radio était davantage dans ses réflexes jusqu'à aujourd'hui.
Lecture sur la forme de sa Tribune
Mais voilà, les temps ont changé, son dernier interview à la télévision lors de son passage à New-York avait provoqué son énième dérapage. Il s'en était d'abord pris à Dominique de Villepin en le jugeant "coupable" avant même le début des audiences de son procès! Ensuite, et peut être par dépit, il avait humilié en public son ministre des affaires étrangères ainsi qu'Arlette Chabot.
Après une vague de scandales à répétition depuis la rentrée, tous plus médiatisés les uns que les autres, sa côte de popularité est logiquement en berne. Bref, pour continuer dans la même veine: le débat sur l'identité nationale s'avère être un piège qui ne se refermera sur la majorité que peu avant les élections régionales. Le calendrier a été donné, et Eric Besson est en difficulté depuis le début sur ce débat qui devait être la voiture-balai de l'UMP pour ramasser les électeurs du Front National aux prochaines élections. Une Tribune apaisante dans un quotidien ne pouvait donc pas prêter à polémique.
En outre, cette intervention, comme nous allons le voir, tente de calmer le débat passionné sur l'identité nationale, non pas par choix mais par obligation. Alors afin de ne pas écorner son image forcément incisive et populaire, une tribune dans le monde dont le lectorat est constitué de cadres supérieurs était un très bon choix.
Une lecture sur le fond de cette Tribune
On pourra tout d'abord s'offusquer de la mise à contribution du "peuple Suisse" dans le débat sur l'identité nationale Française. C'est en effet une incongruité par principe. Le "peuple Suisse", une fois de plus, est pris dans le sens du poil puisqu'il "a une démocratie plus ancienne que la nôtre, avec ses règles et ses traditions", il a de plus "l'habitude de prendre la parole et de décider par lui-même".
Bref, Nicolas Sarkozy se place donc du coté d'un peuple fantasmé et séculaire. Pourtant, lorsqu'il tente de prouver qu'il a recollé les morceaux entre les nonistes et les pro-traité de Lisbonne, il oublie de mentionner qu'il a fait ratifier ce traité par les parlementaires au grand dam d'une partie de l'opinion publique qui se sentait trahie. Et dans cette esquisse d'une France fantasmée et re-modelée: "la france du non a commencé à se réconcilier avec celle du oui". Inutile de préciser que je ne partage pas vraiment cette assertion.
Une phrase m'a également laissé pantois: "Les peuples d'Europe sont accueillants, sont tolérants, c'est dans leur nature et dans leur culture". Haaaaa bon! moi qui voyait plutôt l'Europe et la France comme un chateau-fort levant le pont-levis chaque jour un peu plus.
La suite est limpide, condamner le peuple Suisse sur l'interdiction des minarets: ce n'est pas bien et par analogie, condamner le peuple Français....
Un raisonnement un peu léger qui fait le lit d'un racisme et d'un antisémitisme ordinaire...mais "populaire".
Ensuite vient une autre phrase surprenante : "l'identité nationale c'est l'antidote au tribalisme et au communautarisme". Nous en venons à cet instant là à l'articulation du raisonnement qui justifie le débat du ministre dont le nom n'est pas évoqué. Encore un propos des plus surprenant : "le métissage c'est la volonté de vivre ensemble. Le communautarisme c'est le choix de vivre séparément". Les mots sont certes nouveaux mais employés soit dans le désordre, soit contre leurs grès. C'est sans doute le manque d'habitude de manier de tels concepts abstraits.
Ensuite vient un salmigondis religieux indigeste dans lequel chacun a sa religion, et se suffit à soi-même. Et en tout bien tout honneur..cela s'entend.
C'est donc une tribune courte, que le président a sans doute écrit lui-même, au vu du propos relativement naïf qui nous est proposé. Il atténue la grossièreté du débat ambiant d'une façon détournée, sans nous convaincre pour autant.


Commentaires
Ce' pauvre Sarkozy vient de constater qu'il a ouvert la "Boite de Pandore". Lui aussi il constate qu'il ne reste au fond de la boite que l'Espérance et que les Régionales approchant il n'a plus d'autre solution que nous faire son baratin habituel. Pourquoi s'adresser au Monde.? Simplement qu'il sait qu'en le faisant directement à la TV,sa côte de popularité étant au plus bas dans les sondages, Il va encore s'attirer plus d'ennemis médiatiques. Il pense qu'avec la Tribune du Monde il va toucher une Classe Supérieure mais il se trompe car nous sommes très nombreux aêtre abonnés au Monde et en particulier à son Journal Electronique Et qu'il s'adresse à moi par l'intermédiaire du Monde ou à la TV, je sais que c'est le même individu, sectaire, antirépublicain, antidémocrate qui a mis lui-même en place le communautarisme et remis les questions religieuses au détriment de la laïcité qui est le fondement de notre République, sa base et son socle pour bien vivre ensemble avec le respet de nos institutions. Et que Sarkozy n'essaie pas d'y toucher car c'est à la République même qu'il touchera. Pour moi le Rabin, le Curé, le Pasteur ou l'Iman ne remplaceront jamais l'Instituteur Républicain comme lui le prétend.
Michel P.J'y ai lu un aveu de taille aussi :
«La référence au peuple, c'est déjà, pour certains, le commencement du populisme. Mais c'est en devenant sourd aux cris du peuple, indifférent à ses difficultés, à ses sentiments, à ses aspirations, que l'on nourrit le populisme. Ce mépris du peuple, car c'est une forme de mépris, finit toujours mal. Comment s'étonner du succès des extrêmes quand on ne prend pas en compte la souffrance des électeurs ?»
Cette tribune contient beaucoup d'infos sur la mentalité du Président, ce qui lui sert de morale !
Monsieur Poireau:-))
@Monsieur Poireau : entièrement d'accord avec toi. C'est bien pour cela que je pense qu'il a écrit cette tribune. ce sont des bribes que l'ont peut capter ici et là. Et elles sont effrayantes à chaque fois.
Christophe