Dans mon premier boulot, avant les 35 heures, j'avais 5 semaines de congés payés. Je suis cadre, la boite fermait 3 semaines l'été et une semaine à Noël. J'avais donc 5 jours ouvrés à ma disposition pour toute l'année. Il faut le dire c'était intolérable. J'étais débutant, j'ai démissionné de cette structure familiale tellement j'étais déboussolé au bout d'un an et demi. Je me suis rendu compte à postériori que cette société n'avait pas cotisée à ma retraite cadre.
J'ai réussi au bout de 5 ans à récupérer ma cotisation pour cette période là.
Bienvenu dans le monde du travail, qu'ils m'ont dit ce jour là, mais j'avais un bagage d'un an et demi d'expérience dans ma poche.

Je suis parti rapidement de cette boutique pour intégrer un Grand groupe Français qui pratiquait les 35 heures. Pour les cadres cela veut dire aujourd'hui 14 jours de congés en plus dans l'année. Et contrairement aux groupes US ou allemands pour lesquels l'heure c'est l'heure, les cadres Français ont plaisir à montrer à leur hiérarchie, via un nombre d'heure proportionnel à leur motivation, leur enthousiasme pour les défis de leurs sociétés.

Une vielle habitude vichyssoise, soit dit en passant, de collaboration active. L'efficacité et la productivité n'ayant rien à voir avec ces notions là.

C'est donc avec un grand intérêt que je vois se dérouler devant moi la mort annoncée de ce progrès social qui m'a beaucoup apporté.

Le démolisseur social en chef Nicolas Sarkozy lance l'offensive, il souhaite "simplifier" les 35 heures.
Traduisez correctement : vider la loi de sa substance sans nous le dire. En effet, il suffirait d'abroger cette loi pour rester conforme à la volonté de notre président, mais là cette option n'est pas très sexy et n'est pas tellement médiatique. Il préfère donc passer de biais pour ne pas affronter directement le salariat avec un grand S.

Le président souhaite donc faire confiance aux salariés comme chez continental ou la direction a réalisé un vote pour le retour aux 40 heures.
Le siège Allemand a fait pression sur l'usine en faisant savoir à de nombreuses reprises que les investissements seraient gelés si la retour aux 35 heures n'était pas effectif. Le revolver sur la tempe, les salariés ont votés à 75 %  le retour aux 40 heures. C'est assez drole de voir un groupe Allemand dont les coûts salariaux sont bien supérieurs aux notres et dont les usines sont principalement en Allemagne réaliser une pression comme celle-ci en France. Cette tentative payante est cependant légitime.

Le président donne le ton, la peur qui est de retour fait le reste. Les syndicats deviennent par là même la boite d'enregistrement de ces votes sauvages organisés sous pression des directions. Nicolas Sarkozy promet à ses même syndicats une réforme pour clarifier leurs statuts dans un simulacre de négociation, afin qu'ils suivent le mouvement.

Il y'a toujours cette dualité simpliste et exaspérante chez notre président: t'es avec moi ou t'es contre moi, le tout dit ouvertement avec un sourire béat, un top-model en bandoulière, un costume Gucci à rayures et un revolver sur votre tempe.

Je suis pour les 35 heures.