Lundi 9 avril 2007
LE MONDE | 09.04.07 | 14h52  •  Mis à jour le 09.04.07 | 14h53

Il emprunte à la gauche ses figures historiques : Blum, Jaurès, Ferry, Zola, sont venus illustrer
ses discours comme autant de preuves qu'on ne pouvait réduire complètement Nicolas
Sarkozy à un candidat classique de droite. Il a feint de s'offusquer du procès en "captation
 d'héritage"
que lui ont intenté le PS et le PCF, mais il s'est réjoui de ses prises de guerre
 comme un entomologiste fier de ses nouveaux papillons.

Parallèlement à ce travail, le candidat de l'UMP cherche à débarrasser en partie la droite de
ses zones d'ombre. Fustigeant toute idée de "repentance" alors que Jacques Chirac a marqué
ses mandats par la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat dans la déportation des juifs,
M. Sarkozy veut "assumer toute l'histoire de France". Raison de plus pour la toiletter un peu, la
magnifier, pour ensuite se poser en rassembleur et porter ensuite la "synthèse entre l'Ancien

Régime et la Révolution".

"Je suis de ceux qui pensent que la France n'a pas à rougir de son histoire, a-t-il déclaré à Nice le 30
mars. Elle n'a pas commis de génocide, elle n'a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les droits
de l'homme. Je veux dire que, pendant la guerre, tous les Français n'ont pas été pétainistes,
(...) que,
si certains Français ont dénoncé des juifs, d'autres plus nombreux les ont aidés au péril de leur vie
,
(...) que dans les colonies, tous les colons n'étaient pas des exploiteurs, il y avait parmi eux beaucoup
de gens courageux qui n'avaient jamais exploité personne, qui avaient construit des routes, des
hôpitaux, des écoles"
. Ce faisant, le candidat de l'UMP cherche d'abord à réhabiliter les valeurs
et l'oeuvre de droite. : "La droite est sortie honteuse de la guerre, explique Patrick Devedjian.
Depuis la Libération, la gauche exerce un magistère moral sur l'histoire, distribuant les bons et les
mauvais points : à gauche le parti des fusillés, à droite les collaborateurs. Même Chirac n'a jamais dit
qu'il était de droite, et Jospin n'a pas hésité à dire de la droite qu'elle était héritière d'un courant

anti-dreyfusard, antisémite et raciste."

"FILIATION"

Derrière ce réajustement, il y a bien sûr l'influence d'Henri Guaino, la "plume" du candidat :
"Il ne s'agit pas de réécrire les pages honteuses de la droite, mais de récuser le clivage entre une
histoire de droite et une histoire de gauche,
explique-t-il. Dire qu'il y a eu d'un côté le bien et de
l'autre le mal est absurde. Nous avons le droit de choisir nos filiations. Je ne me sens pas dans le
camp du Comité des forges
(organisation de la sidérurgie incarnant un patronat de combat).
Mais je ne laisserai pas Jules Ferry à la gauche." Surfant sur l'exaspération d'une partie de
l'UMP après l'abrogation, en 2005, de l'article de loi reconnaissant "le rôle positif de la présence
française Outre-Mer",
M. Sarkozy s'attelle à replacer la famille politique dont il est issu du côté
glorieux de l'histoire : "Il a sorti nos valeurs de la réclusion, il redonne sa dignité à la droite,
analyse M. Devedjian, pour qui "la droitisation de la société permet aujourd'hui ce réajustement
idéologique qui anticipe la victoire politique"
. M. Guaino renchérit : "Ce travail sur l'histoire est un
travail préalable pour convaincre les gens qu'ils peuvent refaire les grandes choses qui ont été faites
avant eux."

Pour le politologue Dominique Reynié, M. Sarkozy avait deux choix possibles pour répondre à
l'angoisse des Français face à la mondialisation : "L'exaltation de l'avenir et de l'innovation par
nature anxiogène ou le retour à la tradition au risque de la glorifier à l'excès."
"Il choisit visiblement
cette seconde solution,
continue-t-il, en passant par le terrain de la révision idéologique."

M. Reynié précise : "Ce faisant, il reste authentiquement un homme de droite qui pense, par exemple,
qu'il y aurait un génie des peuples, une prédestination, qui les pousseraient à faire le bien ou le mal."

Cet investissement accru sur le terrain de l'idéologie, la relativisation des fautes de la droite,
sont évidemment une manière pour M. Sarkozy de concurrencer le Front national et de
préparer un bon report de voix dans l'éventualité d'un second tour. Il intervient également à
un moment où, sous la pression de ses alliés et de ses ralliés, son programme économique
et social n'illustre plus tout à fait la rupture qu'il voulait illustrer.

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