Après la déclaration de Frédéric Lefebvre lundi au sujet de l'affaire clearstream: "Dans cette affaire, il y a des victimes et il y a des prévenus", le procès De Villepin semblait bouclé.

La puissance des mots, dans le gigantesque porte-voix des médias, est pourtant implacable - et même lorsque l'intéressé se rétracte, il reste cette association de mots résiduelle dans quelques recoins de notre inconscient: Sarkozy-victime.

Le vocabulaire comme arme involontaire

Le mot "victime" est un plaignant auquel la justice a donné raison, Nicolas Sarkozy n'est donc pas une victime puisque le procès de Dominique de Villepin débute juste. Une version davantage religieuse que je trouve intéressante, dont la puissance résonne en nous au delà de notre raison, est la suivante: Personne qui s'offre à Dieu dans le martyre, dans une vie religieuse de renoncement, d'expiation. C'est peut être sous l'emprise de cette version mystique du président que se confronte Frédéric Lefebvre chaque jour. Ses gaffes répétées ne seraient donc que le reflet d'un chevalier en quête de croisade inachevée avec comme horizon  indépassable: Nicolas sarkozy. C'est une hypothèse assez absurde, à mon avis, mais pas autant que ses lapsus.

Voilà donc que l'horizon indépassable, en direct du 20h à new-York (on ne perd pas la tête tout de même à l'Elysée), déclare tout de go hier soir devant quelques millions de Français : "Au bout de deux ans d'enquête, deux juges indépendants ont estimé que les 'coupables' devaient être traduits devant un tribunal correctionnel". Le mot "exceptionnel" aurait sans doute fait meilleure figure en lieu et place du mot "correctionnel", mais c'est une galéjade. On reprend depuis le début: "coupable" a été utilisé à la place de "prévenu". Nicolas sarkozy, bien que partie civile, nous énonce là sa vision des choses. Il nous influence, par la même, à la puissance du nombre du nombre de téléspectateur en ligne. C'est inacceptable.

Le président a donc dans les faits le potentiel, d'influencer le public sur une affaire non-jugée. Il en use très certainement contre son gré, mais là n'est pas la question. Le tribunal a en effet donné tort aux avocats de Dominique de Villepin, lundi dernier. Ceux-ci souhaitaient plaider l'irrecevabilité de la constitution de partie civile du chef de l'Etat: Ils sont repartis avec leur cartable en cuir à la fin de la journée le bec dans l'eau. Ce qui a permis à patrick Ouart d'envoyer ce SMS à Nicolas sarkozy: "1er jour d'audiance: 1 à 0". Ceci pose problème encore une fois.