Anniversaire du soulèvement au Tibet en mars: peau de chagrin dans la presse

Vous souvenez-vous de L'anniversaire du soulèvement du Tibet voilà deux mois ?on a vu fleurir a gauche et à droite des dossiers tout ficelés sur le soit-disant archaïsme de la société traditionnelle Tibétaine - très certainement vrai d'ailleurs. Mais sur le front de l'information de la propagande la véracité n'a que peu de poids.

La presse a relayée ces dossiers préparés par les services de propagande Chinois. En revanche, lorsqu'il s'agissait de montrer les atrocités perpétrées par les militaires Chinois au Tibet voilà un an, seul le Nouvel observateur s'est essayé à ce jeu là. j'avais d'ailleurs tenté de relayer au mieux cette information restée trop confidentielle selon moi.

Peine perdue, nos médias conservateurs ont préféré nous refiler les dossiers pré-machés. D'autant plus que Nicolas Sarkozy était en train de dérouler le tapis rouge à Hun Jintao, le patron en treillis de la multinationale communiste.

La presse Française est à la presse ce que la musique militaire est à la musique. Serge Dassault en connait un rayon à ce sujet.

Anniversaire du soulèvement à Tiananmen: la Chine et la presse Française fêtent ce non-Anniversaire

Rien n'a filtré, un jour comme les autres sur la place. Des étudiants propres sur eux des meilleures écoles Chinoises nous expliquaient sans sourciller que c'était vieux tout ça, qu'ils ne cherchaient pas trop à savoir. Ils sous-entendaient à demi-mot que leur réussite individuelle devait passer par cette amnésie collective fortement souhaitée par le gouvernement d'ailleurs.

Cet argument n'a pas été sans me rappeler les gentils étudiants Français, fin mai, qui ne pouvaient plus travailler correctement. La télé nous a recraché ces images en boucle afin d'éteindre ce mouvement sans l'avoir correctement couvert de janvier à Avril.

Bref, c'est le blogueur Ai WeiWei qui a eu le dernier mot concernant ce non-anniversaire, son blog est désormais fermé depuis le 28 mai. En effet, il a eu ces mots sibyllins à première vue seulement qu'il faut prendre au second degré:

  • Oublions le 4 juin ! Oublions ce jour insignifiant ! La vie nous enseigne que, sous le totalitarisme, les jours se suivent et se ressemblent. Chaque jour est un même jour : il n’en est pas d’autre, pas d’hier ni de demain. De même, nous n’avons que faire d’une vérité parcellaire, nous n’avons que faire d’une justice et d’une équité fragmentaires. Sans liberté d’expression, sans liberté de la presse, sans droit de vote, nous ne sommes pas des hommes, nous n’avons pas besoin de mémoire. Privés du droit de mémoire, nous choisissons l’oubli.

    Oublions donc toutes les persécutions, les humiliations, les massacres, les dissimulations, les mensonges, tous les paralysés et tous les morts ! Oublions tout ce qui est douloureux dans notre mémoire, oublions tous nos oublis ! Nous leur permettrons ainsi de ressembler à des honnêtes hommes tandis qu’ils se moquent de nous… Oublions cette armée qui a tiré sur les habitants, ces chars dont les chenilles ont écrasé les corps des étudiants, ce sang répandu et ces balles qui ont sifflé dans les ruelles et les grandes artères, ces places et cette ville sans larmes ! Oublions ces mensonges sans fin, ces hommes au pouvoir qui tablent sur l’inévitable oubli de tous, oubli de leur lâcheté, de leur noirceur, de leur médiocrité…

    Oui, assurément, il faut oublier ! Ils doivent absolument être oubliés ; ils n’existent que grâce à l’oubli. Pour survivre, oublions donc !
Lorsqu'il faut tout oublier forcément - Jacques Brel rajouterait: Ne me quittes pas. Le 4 juin 1989 ne nous quittera donc pas de sitôt.

L'économie du Tee-shirt est elle un fléau au même titre que le sont les pétrodollars ?

On pourrait le croire, car les montagnes de milliards qui pleuvent sur la Chine depuis une quinzaine d'années ont générés des empires individuels, et un enrichissement invraisemblable des généraux au pouvoir. Tout cela au mépris d'un partage un tant soit peu équitable. Alors finalement, c'est encore un artiste qui vient également "oublier" le 4 juin 1989. Et d'une bien belle manière.


                                           
                                    Dessin de Sondron