Joseph Stiglitz, le prix Nobel d'économie 2001 vient d'avoir un entretien avec Libération.
Il confirme dans cet interview que la crise des subprimes n'a pas finie
d'affecter l'économie "réelle", et qu'elle va bientôt toucher
l'économie Européenne. C'est une opinion qui est peu partagée parmi les
analystes, en effet depuis quelques semaines, tous les gouvernements et
institutions trans-nationales considèrent que le "gros" de la crise est
maintenant derrière nous. Voilà donc un pavé dans la marre, que semble
corroborer la chute stupéfiante des indices boursiers à Paris et Wall
Street vendredi. Le CAC40 et le Dow Jones ont perdu respectivement 2,28
% et 3,3%.
Le mécanisme de baisse de Wall-Street est assez limpide désormais, un
mauvais chiffre du chomage au USA vendredi a provoqué une chute du
billet vert qui a provoqué ...une montée de 12 $ du baril de pétrole,
et une remontée de l'euro. Tout cela en une journée. Ce ne sont que des
mauvaises nouvelles pour l'économie Européenne.
Dans cet interview non conventionnel, et à rebrousse-poil de tous les
discours apaisants des gouvernements et institutions diverses et
variées depuis bientôt trois mois au sujet des Subprimes - Joseph
Stiglitz évoque l'importance de la guerre en Irak dans toutes les
crises mondiales qui se succèdent depuis l'été dernier. Il enfonce
cependant des portes ouvertes lorsqu'il déclare : "Le mode de vie Américain n'est pas tenable".
Cela fait plaisir de l'entendre dire :"D’abord,
beaucoup de gens considèrent que le système de santé français, si vous
le comparez à celui des Etats-Unis, est beaucoup plus performant. En
terme de sécurité, de qualité et aussi d’accès aux soins, notamment
pour les moins favorisés" et ensuite
"Ce
qui se passe aux Etats-Unis est contraire à ce qu’enseigne la théorie
économique élémentaire. Selon elle, quand une économie devient plus
productive, vous profitez normalement d’une augmentation du temps
libre".
Dans cette même unité de temps, le président russe Dmitri Medvedev accuse les USA d'avoir
provoqué la crise financière, c'est une allégation qui semble assez
simpliste et iconoclaste sur le papier mais qui par des mécanismes
économiques bien plus complexes sont à mon avis censés en rejoignant la
thèse de Joseph Stiglitz. Medvedev oppose lors de cette déclaration, la Russie aux Etats-unis en souhaitant "une
Russie consciente de sa responsabilité pour le sort du monde".
Oups, je m'étouffe un peu là, le temps où son premier ministre Vladimir
Poutine allait chercher les Tchéchènes jusque dans les chiottes
semblerait donc terminé. Il surfe donc, avec finesse, sur la mauvaise
opinion mondiale (excepté le gouvernement Français) pour les
Etats-unis. c'est une bonne action diplomatique à moindre frais que
réalise là le tout jeune président russe avec des mots auxquels Poutine
ne nous avait pas habitués.
Communication :Russie 1 - USA 0
Joseph
Stiglitz est donc le fameux Prix nobel qu'a "commandé" Nicolas Sarkozy
pour sa future commission de réflexion sur les instruments de mesure de
la croissance Française. Je pensais initialement que cette commission
devait caviarder les sondages Insee classiques en nous sortant "un
baromètre pro-Sarkozy", il semblerait que Joseph Stiglitz soit
désormais un trublion de cette commission (de plus). En effet si nous
ajoutons au baromètre de la croissance Française des paramètres, chers
au prix Nobel, tels que l'évolution des remboursements médicaux dans le
temps et l'évolution du nombres d'heures travaillées -je pense aux
différentes franchises médicales qui fleurissent comme les champignons
depuis un an et le fameux "travailler plus pour gagner plus"- là nous
allons mesurer une croissance non seulement en berne mais en
dégradation constante depuis près d'un an.
Mais à quoi servent ces commissions au juste ? leurs avis sont modifiés
par L'Elysée même lorsque les partenaires trouvent un accord. La
commission sur la rénovation du marché du travail a dernièrement été désavouée par
Xavier bertrand au grand dam du Medef et des syndicats CGT et CFDT. Les
partenaires sociaux se retrouvent, maintenant, otage d'une décision
présidentielle.
Il semblerait que ces commissions ne
soient que des cache-sexes destinés à masquer, - par un dialogue
démocratique - les réformes voulues par le Chef de l'état.
Joseph Stiglitz


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