La politique, dans la même lignée créatrice, nous apporte sans cesse des nouvelles déconcertantes ou banalement  surprenantes mais le plus souvent conservatrices. Rares sont ceux qui sont capables de bouger ces limites, ces horizons indépassables ou ces Tabous. Ceux-ci sont souvent les piliers fondateurs de chaque formation politique, dès qu'une proposition de changement sur ces fondements même sont proposés, nous assistons à la lutte vieille comme l'humanité: les progressistes contre les conservateurs.

Mais aujourd'hui, je dois dire que Jean Marie Bockel m'a bluffé. Celui-ci définissait auparavant sa doctrine politique de la façon suivante :

« Oui, nous sommes des socialistes libéraux. Socialistes, car nous devons opposer aux rapports de force et à l’injustice, la nécessité d’une émancipation partagée. Car nous nous donnons pour fin la justice et la protection sociale, la réduction des inégalités et la promotion des solidarités. Car nous travaillons au partage des biens et des droits à l’échelle du continent et du monde. Socialistes, car nous défendons l’esprit public, ce qui fait société. Car nous soutenons le principe d’une action collective et volontariste. »

L'homme a été élu député du PS de 1981 à 2002, il est sénateur depuis 2004 et en ce qui concerne ses convictions et ses maîtres, il a été tour-à-tour Chevenementiste puis Blairiste. Il fricote depuis peu avec Sarkozy (celui-ci ne peut porter le qualificatif de maître car il ne possède pas les connaissances, la culture et les convictions qui ferait de lui cet Homme là).

Bref notre homme de centre gauche s'est tout à coup converti à la droite décomplexée à la droite de la droite. Décomplexé, c'est le mot qui convient le mieux à Jean-Marie Bockel actuellement. Depuis son coming-out appelé pudiquement "ouverture" par certains ou traitrise par d'autres. Cette ouverture a été la pierre angulaire de la politique machiavélique de Sarkozy pour déstabiliser le PS durablement.

Bockel a donc été exfiltré vers le gouvernement de Fillon en 2007, puis relégué aux anciens combattants en mars 2008. Sarkozy n'aime guère ceux qui ne sont pas capables de s'opposer à lui; à défaut d'être un maître, il possède nombres de certitudes pathologiques.

Bockel s'exprime assez souvent dans les médias et c'est tout en son honneur. Après avoir été mis au placard par Sarkozy, il lance son nouveau parti, Sarkozyen sur les bords, à l'assaut des Européennes, il se nomme : Gauche Moderne.

Sous-entendez, moi je suis moderne contrairement aux autres bolchéviques du parti socialiste. Cette rancoeur indépassable a fait l'objet d'une utilisation médiatique par le chef de l'état qui a instrumentalisé magnifiquement cette haine contenue si longtemps. Bockel conserve malgré tout une haute opinion du chef de l'état puisqu'après avoir été mis au placard, la manipulation du chef de l'état est encore prégnante: Bockel répond encore au doigt et à l'oeil.

Bockel est un magnifique instrument très prévisible, sur lequel on peut appuyer tant que l'on veut, sa réponse est aussi certaine qu'un automatisme. La programmation initiale que lui a faite par Sarkozy et son enthousiasme revanchard font de lui un allié de poids.

Pourquoi ? Sarkozy se méfie de l'UMP, dont une partie du contrôle lui échappe désormais, il divise donc pour mieux régner sur ces petits partis, nouveau centre et gauche moderne dont les revendications n'ont guère d'intérêt, mais qui lui permettent d'asseoir un peu plus son omniprésence. La gauche moderne n'apportera qu'un score sans doute très modeste en 2009 à Sarkozy, mais quid de 2012 ? Bockel peut se révéler comme un allié de poids, et concurrencer encore davantage un PS aujourd'hui en convalescence.

La gauche moderne peut se révéler pour le PS comme un aspirateur sur son flanc droit qui est déjà visé par le Modem aujourd'hui. On connait la position de Ségolène Royal au sujet du modem, ce choix priverait Bockel d'un électorat, en revanche une "non-alliance" avec celui-ci dans l'optique de 2012 pourrait être très profitable à cet ersatz de parti. Celui-ci pourrait alors croître comme un champignon durant la nuit pour conserver une analogie mycologique.

Sarkozy n'est pas un maître, mais il possède l'art consommé d'être gagnant sur tous les fronts à la fois. Bockel est donc instrumentalisé comme le dernier empereur l'a été durant son règne fantoche, et c'est notre président qui tire les ficelles.


clap, clap, clap