Mon titre n'est que le pendant de celui de Thierry Crouzet "ils manifestent pour rien".

Sa thèse est intéressante parce que très profondément réactionnaire et utilitariste. La barbarie ambiante progressant inexorablement, et il en convient, Il faudrait donc attendre un dividende universel, en gros du pognon pour tous sans rien foutre, pour espérer des jours meilleurs. Ou mieux ! espérer une prise de conscience exaltée et salvatrice des opprimés, comprimés, mais également de tous les humiliés que compte notre planète, pour converger dans l'allégresse vers le sujet d'un de ses bouquins: Le cinquième pouvoir. Bravo !

J'ai bien peur Thierry, que nous ne vivions pas sur les mêmes planètes. Je suppute également que tes expériences en entreprise soient notoirement insuffisantes pour décrire la société telle qu'elle se présente à nous aujourd'hui. Tu rêves donc d'un grand soir, et tu as bien raison, doux rêveur que tu es, cela ne dérange et ne dérangera personne.

Au risque de passer pour un blogueur équipé de "l'atti­rail idéo­lo­gique du xixe siècle", Thierry voulait sans doute dire marxiste, mais sans arriver visiblement  à cracher ce mot, je vais donc tenter une sortie de cette pensée auto-suffisante. Je me demande d'ailleurs pour quelle bonne raison le marxisme, bien que datant grosso-modo d'il y'a un siècle, tout comme la relativité retreinte, la relativité générale, mais également la théorie de l'évolution de Darwin ne serait plus d'actualité ? On peut s'interroger sur la forme, pourquoi cet attirail du 19ème siècle serait aujourd'hui obsolete, si ce n'est par un jeunisme imbécile.   

Sur le fond, J'incline pour ma part à penser que le marxisme décrit parfaitement, non plus le néo-libéralisme Français du 19ème, mais le monde globalisé Chinois de libre échange dans lequel nous évoluons aujourd'hui. Thierry vient sans doute de rater la désindustrialisation massive de la France de ces dix dernières années. L'exode des emplois peu qualifiés vers l'asie du sud-est, pratiquement terminée aujourd'hui, se poursuivra avec les emplois hautement qualifiés dans la décennie qui vient. Ce choix est déjà acté, il se déroule sous nos yeux.

De plus le web, dont Thierry connait parfaitement les ressorts, est devenu en quelques années l'extension du domaine du capitalisme contemporain. Il n'y a même plus de salariat dans cette activité, basée n'importe où dans le monde. On soutire donc du pognon ici, avec quelques esclaves là-bas et ailleurs sur terre  afin de faire cracher le compte du résultat de ces activités. Je pense aux centres d'appels certes, mais également aux boites de paris sur les jeux du cirques de notre société. Je passe sur les connivences politique/capital à ce sujet.

Thierry, au nom d'utopies pourtant intéressantes, jette le bébé, le peuple, et l'eau du bain sur la voirie détrempée. Il n'y aura pas de grand soir Thierry! seulement la reptation idéologique de la décennie passée sur celle à venir. Le bien vivre (égalitarisme sur la santé, la retraite et l'école) Français continuera à être rogné comme depuis une dizaine d'année, par rondelles de saucissons.Tu ne peux pas confondre des idées utopiques, certes peut-être à l'oeuvre demain, et le combat nécessaire entre capital et bien-vivre social, ce dernier n'étant que l'extension du modèle libéral au sens des droits de l'homme.

Serge Dassault envie le modèle Chinois, et ce n'est pas du second degré Thierry ça. Alors à défaut de faire des sorties intempestives comme tu viens de le faire, penses donc à notre présent, et à la souffrance dans laquelle bon nombre de tes compatriotes sont plongés. La seule force que connait aujourd'hui le citoyen, chômeur,salarié atomisé est l'union. Hier comme aujourd'hui. Et la manifestation est encore plus importante aujourd'hui qu'hier. Ne t'en déplaises !

Par conséquent, j'ai manifesté, et je continuerai à manifester, pour une raison simple, je ne souhaites pas travailler jusqu'à 67 ans. Si tu le souhaites, libre à toi, je respecte ton choix.


PS: il y'a de toute façon de très grandes chances pour que je sois licencié, lors d'une crise financière, entre mes 50 et 55 ans.