Le monde a décliné poliment le mois dernier les enregistrements réalisés illégalement par l'ex-maître d’hôtel de Liliane Bettencourt. Télérama vendait la mèche jeudi dernier, cette information était confirmée par Gérard Davet, journaliste au Monde, le lendemain sur Arrêt sur image.
Suite à cette de fin de non-recevoir du Monde, ces bandes piratées étaient en partie reproduites par Mediapart. De ce refut du monde, La justice faisait table rase puisqu'elle donnait par la suite raison à Medapart en déboutant Liliane Bettencourt de sa plainte. Le motif invoqué était en soi une évidence, mais il ne semblait pas légitime pour certains journalistes, en effet interdire la diffusion de ces bandes «reviendrait à exercer une censure contraire à l'intérêt public, sauf à ce que soit contesté le sérieux de la reproduction des enregistrements – ce qui n'est pas le cas en l'espèce». Nous connaissons la suite…
La publication de ces bandes semblaient pourtant couler de source pour une profession en permanence à l'affut du scoop. Les répercutions politico-économiques semblaient sauter aux yeux....et pourtant Le Monde a non seulement boudé cette information mais également snobé ces enregistrements. La curiosité n'était décidément pas au rendez-vous dans cette rédaction!
Et Gérad Davet de poursuivre vendredi dernier, dans la video d’Arrêt sur image, en défendant maladroitement sa chapelle : « aujourd’hui Le Monde est moins centré sur l’investigation, mais plus sur l’analyse et la chronique ». Celui-ci n’était même pas convaincu que si le quotidien du soir avait eu ces bandes en sa possession, celui-ci les auraient diffusé. Il aurait en tout cas "personnellement poussé en ce sens" rajoute t’il tentant de faire bonne mesure. Ceci dit, une fois ce ratage de première passé, Gérard Davet nous confirmait également que le Monde est aujourd’hui à la remorque de Mediapart sur le SarkoGate. Il ajoutait également que la chasse au scoop sur le SarkoGate est à nouveau devenu la marotte du quotidien, business oblige.
Mais pourquoi donc le quotidien du soir a t’il refusé le scoop de la décennie ?
Il y a un mois, le Monde était à vendre, aujourd’hui l’affaire est conclue et les repreneurs du Monde sont indépendants du pouvoir en place. Etrangement les informations sur le WoerthGate qui ne semblaient pas être d’actualité le mois dernier tombent sous le sens aujourd’hui. C’est un flagrant-délit d’auto-censure, dont nous n’aurons sans doute jamais la queue d’une preuve.
Ceci-dit, il doit y avoir un léger malaise à la rédaction du Monde puisqu’aujourd’hui Sylvie Kauffmann, directrice de la rédaction du "Monde" s’explique.
Elle défend dans un premier temps Edwy Plenel, corporatisme oblige, c’est d’ailleurs d’autant plus facile maintenant, une fois la bataille de l’information gagnée. Celle-ci noie ensuite le poisson un moment avant de revenir sur le sujet qui la tracasse par une question de déontologie à deux balles que la justice a déjà tranché comme nous venons de le voir: "Fallait-il publier ces écoutes, sachant qu'elles relèvent par essence d'un procédé moralement et légalement répréhensible ?"
Sylvie Kauffmann pose la question, mais sans y répondre, nous savons en effet aujourd’hui qu’elle a apporté la mauvaise réponse à cette question le mois dernier. Un autre passage de son papier est à la limite de la mauvaise foi : "Si Le Monde avait disposé de ces enregistrements, nous aurions utilisé les informations qu'ils révélaient, après avoir fait notre travail d'authentification et d'enquête journalistique et politique."
Il faut croire que la responsable de la rédaction à avoir voulu dans un premier temps résister à la planification de la communication de Me Metzner, soit tombée dans celle de L'Elysée jeudi dernier, du moins dans la matinée.
Sauf à croire qu’elle n’a pas échangé sur ce sujet avec Gérard Davet, mais je ne peux me résoudre à croire à un tel manque de professionnalisme de sa part , Sylvie Kauffmann nous baratine pour faire passer la pilule de l'auto-censure qu'elle a exercé sur sa rédaction. Déontologie oblige ?
Le rachat du Monde est donc d’ores et déjà une bonne nouvelle !

Commentaires
Bien vu. Seule ta conclusion me chagrine.
mtislav@mtislav : Pourquoi ?
ChristopheTiens, à propos du Monde et de tomber dans le panneau de la communication d'État... Depuis vendredi soir, je me disais que le nom de Gérard Davet me disait quelque chose. J'ai fini par Googler un peu, et en effet, j'avais déjà vu ce nom.
1) En octobre 2005, c'est un article signé Gérard Davet dans Le Monde qui a répercuté pour le grand public les accusations du maire UMP d'Asnières envers Bruno de Beauregard et la société informatique Mayetic (qui a depuis déposé son bilan). Cf. le récit de Miguel Membrado, co-dirigeant de Mayetic avec B. de Beauregard. Le journaliste évoquait à l'appui de ses dire de bien mystérieuses notes des RG sur les liens des dirigeants de Mayetic avec une prétendue "secte", évidemment supposée dangereuse...
2) L'année dernière, ''Bakchich'' notait qu'un article de Gérard Davet, toujours dans le Monde, était très discret sur les motifs pourtant sérieux qu'avait le juge de Tahiti de soupçonner une implication de Gaston Flosse dans la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud. Tiens, tiens.
Bon, je ne veux pas non plus trop jeter la pierre sur M. Davet, qui a déclaré dans la vidéo d'@SI qu'il aimerait que le Monde, sous sa nouvelle direction, reprenne le chemin du journalisme d'investigation. J'imagine qu'il a dû vivre pas mal de subtiles pressions dans son travail au journal, ces dernières années. Il est possible qu'il en ait plus qu'assez de devoir composer avec.
Irène Delse@christophe : journalisme couché ? non... quand même pas ! Il doit y avoir une autre explication ! En tous les cas, merci pour cette révélation. Cette fois, c'en est vraiment une. J'enregistre. Comme dab : dans un p'tit coin de mon cerveau hémiplégique : à gauche.
GdeCDu pur journalisme de complaisance qui a su prospérer le temps d'une illusion : celle d'un journal de référence qui ne l'était plus, d'une réputation de gauche alors qu'il vendait toutes les réformes néo-libérales de ces 20 dernières années...
Je ne pense pas hélas que le rachat changera les habitus. Les journalistes du Monde sont formatés, bien dans le système. Et puis, quand l'essentiel de tes ressources dépend de la publicité (l'oréal et consorts) et des aides publiques, à moins d'avoir une conscience politique forte comme à l'Huma par exemple, tu tombes dans le non-dit, la complaisance et dans des articles gentillets, faussement méchants...
Dernièrement, combien de canards ont refusé de publier les 4 pages de pub gouvernementale sur la réforme des retraites ? Pas Le Monde.
Libé, Le Monde, Le Parisien, et le Figaro vendent la même soupe libérale... avec plus ou moins d'enthousiasme, sur la forme, parce que sur le fond...
Tout ça me rappelle une lecture fort ancienne où le narrateur évoque le New York Times.. J'avais recopié quelques lignes tant la description me rappelait le Monde. (ici)
des pas perdusCommentaire typographique à effacer après correction :
Excellent article par ailleurs.
Abie@GdeC : ben oui !
Christophe@des pas perdus : il ne faut pas être définitif, Wait and see !
Christophe@Abie : merci pour cette infromation
Christophe