Mercredi 11 avril 2007
LE MONDE | 10.04.07 | 13h56  •  Mis à jour le 10.04.07 | 13h56

Pour eux, ce n'est plus comme avant. Salariés ou retraités, ils affichent sans complexe, prétendent-ils, leur préférence pour Le Pen. Réunis autour d'un café dans un centre commercial à Istres (Bouches-du-Rhône), ces hommes, dont certains préfèrent garder l'anonymat, se rappellent quand on les traitait de "fachos". Aujourd'hui, même si Le Pen est arrivé ici en tête au premier tour en 2002, loin devant Chirac et Jospin, comme dans les communes voisines de Fos-sur-Mer et Miramas... et même si le vote FN dans l'électorat ouvrier est important, ils hésitent pourtant encore à se livrer sur le lieu de travail.

Henri Lopez, qui a travaillé aux docks de Fos-sur-Mer avant de rejoindre une entreprise de tapisserie d'ameublement, raconte : "C'est mieux perçu, mais ça n'a pas été facile ; dans les années 1980, quand je disais pour qui je votais, les collègues me retiraient leur amitié." Pour Jean-Marie, longtemps salarié chez Sollac, une entreprise sidérurgique de Fos, reconverti en agent immobilier, "avant on se faisait traiter de racistes, mais avec la gauche au pouvoir, puis la cohabitation, il y a eu un changement radical, une grosse majorité de cet électorat est passé au vote FN".

Fonctionnaire territorial, Gil Vincent travaille à Istres. Agent technique à la voirie, carte CGT en poche, il prétend que ses collègues, même ceux des syndicats, vont voter FN. Et dans les municipalités de gauche, "ils ont la carte du PS, mais ils vont voter Le Pen", assure M. Vincent.

Mais M. Lopez reconnaît que ce n'est "pas encore facile à dire au boulot, de lutter contre la diabolisation faite par le pouvoir et la télévision". Il faut du temps, explique-t-il "pour expliquer au collègue qu'on n'est pas méchant".

Ces hommes, dont beaucoup sont d'origine portugaise, italienne et espagnole s'étranglent d'indignation quand on les traite de "racistes". "Je me promenais avec un conseiller municipal communiste de Port-de-Bouc (ville où le communiste Robert Hue est arrivé en tête en 2002), raconte M. Lopez, et en regardant les façades, il m'a dit "parabole au balcon, melon au salon". J'ai été choqué, jamais je ne me serai permis une telle sortie. Et c'est eux qui se permettent de nous juger ?"

Ancien technicien du centre d'essai en vol, Jean-Louis, 70 ans, né en Tunisie, rappelle les fondamentaux. "Sur l'immigration, la gauche a perdu son électorat", explique-t-il. Et de détailler, selon lui, le coût de l'immigration en termes de logement, d'école... "Le Français moyen voit qu'il paye plus d'impôts à cause de cela, du regroupement familial", croit encore Jean-Louis.

"PARTI D'HOMMES"

Paul Gribeau, ancien agent de maîtrise chez Sollac, évoque "l'affaire des abattoirs de Marseille qui vont devenir la grande Mosquée". "Je l'ai vu à la télé, cela va être le bordel", assène-t-il. Même pour des faits locaux, le petit écran révèle et valide leurs craintes. Les affrontements à la gare du Nord à Paris ont relancé la sympathie pour le FN, disent-ils. "Les territoriaux parlent tous de Le Pen, de temps en temps il y en a un qui dit Sarko, mais c'est Le Pen tout le temps", témoigne M. Vincent.

Alexandre, 49 ans, commerçant, ancien salarié d'une boulangerie industrielle, a voté à gauche mais n'a pas de mot assez dur contre le PS, un "parti plus bourgeois qu'ouvrier", et "toutes ces stars qui défendent les sans-papiers et les Maghrébins des banlieues mais qui n'y habitent pas". Ancien de la sidérurgie lorraine, Claude, est arrivé à Istres au début des années 1970. Il se situait à gauche, a eu sa carte à la CFDT mais l'a quittée "car il n'était pas dans l'optique du syndicat". Il vilipende la gauche pour ses augmentations d'impôts.

Ces sympathisants frontistes ne reprochent jamais à Le Pen ses propos sur les questions sociales. "Le social, ce n'est pas donner à tout le monde, à on ne sait qui", argumente Jean-Marie. M. Gribaud se dit pour l'assurance-chômage "mais il ne faut pas que ça devienne un métier". M. Lopez, l'ancien docker, veut des syndicats "corporatistes". "Quand j'étais sur le port, on demandait à quel syndicat on appartenait pour te donner un bleu neuf", raconte-t-il en dénonçant le pouvoir de la CGT. Ils défendent la "préférence nationale", "c'est la moindre des choses", ajoute le boulanger Alexandre. "De toute façon, résume Jean-Marie, Le Pen sait qu'il a une assise ouvrière, il n'a pas besoin d'en rajouter et de visiter les usines."

Quant à l'absence de femmes autour de la table, "oui, c'est vrai, on est plus un parti d'hommes", avouent-ils. "Les enfants des clandestins, ça émeut plus les femmes", croit savoir Paul. "Le social, ceux qui viennent chez nous pour manger, ça les touche", renchérit Alexandre.

Marie-Pierre, 35 ans dont quinze à travailler à la Sécurité sociale, n'est pas émue. "A la "Sécu", on est en première ligne, on les voit, ils savent passer à la caisse, on a le sentiment qu'on les paye pour qu'ils se reproduisent", dit-elle en affirmant que ses collègues pensent comme elles. Dire qu'elle vote FN sur son lieu de travail ? "J'ai eu la carte FO, raconte Marie-Pierre, mais les syndicalistes ne pensent qu'à leur place, il y a plus deguin (personne). Je n'ai jamais dit pour qui je votais pour ne pas avoir d'histoire, et je me serais fait tuer si j'avais dit que c'était pour Le Pen."

Sur le port de Fos, Ascométal, entreprise sidérurgique de quelque 800 salariés, déploie ses gigantesques hangars. Dans un atelier de laminage, Roland dit qu'il n'est pas du Front national. Mais "qu'il faut penser aux Français d'abord, que les frontières n'auraient jamais dû disparaître, qu'on ne peut pas distribuer les aides sociales..." Rapatrié d'Algérie en 1961, "une main devant une main derrière", Roland n'a pas oublié. Voter Le Pen ? "On n'en parle pas", mais comme il dit, "les gens, ils vont voter le mécontentement, pas le personnage".

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Commentaires

Je ne sais pas, peut-être êtes vous journaliste au Monde,

Mais si tel n'est pas le cas, sachez que vous n'avez aucunement le droit de recopier de cette façon un article de A à Z. Ca s'appelle le droit d'auteur. Mais il est vrai que l'on en tient plus compte dans la musique, alors pourquoi le faire avec les journalistes ?
commentaire n° : 1 posté par : Zetitiparisien (site web) le: 13/04/2007 22:52:18
je ne suis pas journaliste au Monde,

c'est vrai que je met beaucoup d'article du monde pour leur pertinance.

Il y'a sans aucuns doute des droits d'auteurs sur ces articles, etant donné que j'achete ce journal régulièrement, je considere que j'ai le droit de les copier.

c'est evidement faux, mais je m'arroge ce doits jusqu'au 07 mai
réponse de : Christophe (site web) le: 13/04/2007 23:06:36
:-)  J' te comprends !
commentaire n° : 2 posté par : Zetitiparisien (site web) le: 16/04/2007 16:27:12
merci pour ta remarque zetiti, j'ai modifié ma page de garde pour que mon message soit plus clairs sur mes intentions.
à+ sur le forum
réponse de : Christophe (site web) le: 16/04/2007 16:51:34

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