
Madame,
Malgré tout le respect et l’admiration sincère que je vous porte, je ne peux m’empêcher de vous dire combien vos propos, en réaction au geste à l’évidence « généreux », voulu par le Président Nicolas Sarkozy en faveur de notre devoir de « mémoire collective », m’ont choqué en tant que non juif, de confession Chrétienne.
Vos propos me sont personnellement apparus également « inimaginables », venant d’une femme telle que vous, qui ayant autant souffert dans sa chair et dans son âme, nous refuserait en quelque sorte à nous, et ce, au prétexte que nous serions différents parce que non juifs, de condamner et de récuser ensemble ce crime contre l’humanité.
Comme si ce crime ne concernait que la mémoire exclusive de la communauté juive, quand ce devoir de mémoire s’inscrit à l’échelle de l’espèce humaine toute entière.
Mon sang à moi, s’est glacé aussi, madame, lorsque choqué à mon tour par vos propos, j’ai eu un flash, et revu l’espace d’un instant se profiler dans mes souvenirs d’enfant, alors âgé de 6 ans seulement, l’ombre de ce père qui me portant généreusement le petit déjeuner au lit me réveillait… au cri du salut nazi, qu' accompagnait le geste.
Il me conduisait ensuite à l’école, où je retrouvais mes camarades de jeux : Serge et Roger…Elbaz, pour ne citer qu’eux. ( Dont les parents étaient les « meilleurs amis » de mes parents ! Bien sûr ).
Je n’avais que 6 ans madame, mais j'avais une parfaite conscience des horreurs que j’entendais de la bouche de ce père, à qui j’en voulais à ma façon, dans mon esprit d’enfant, qui comprenait que « c’était mal ».
A 8 ans, pour mon anniversaire, me fut offert… « Mein Kampf », et quelques disques de chants militaires allemands.
Alors je me dis, madame Simone Veil, que si mon père avait en CM2, où ce qui y correspondait à son époque, reçu cette instruction, ou bien eu cette prise de conscience souhaitée par Nicolas Sarkozy par le biais de ses professeurs, il m’eût été épargné des traumatismes bien réels ceux-là, croyez-le, durant cette période de mon enfance, que je vous ai décrite. Ces mêmes traumatismes qui aujourd’hui encore m’empêchent de faire le deuil de mon père, tant je lui en veux.
Cette « adoption » proposée à un enfant de 10 ans vous paraissait être trop tôt ? Soit ! Mais dans ce cas madame, vous aviez la possibilité d’exprimer vos réserves différemment auprès du Président de la République qui vous aurait écoutée, vous le savez bien.
Au lieu de cela, vous applaudissez le discours du Président dans un premier temps, allez jusqu’à l’embrasser en public, pour déclarer quelques heures après …votre soudaine désapprobation.
Pardon madame d’user de ce raccourci, mais votre baiser me rappelle celui d’un personnage biblique que je n’aurai pas l’outrecuidance de nommer ici, par charité chrétienne cette fois.
Face à la délation, face à la calomnie, face aux mensonges dont Nicolas Sarkozy est aujourd’hui la victime auprès des lyncheurs médiatiques et saboteurs de la République , ce que vous ne pouviez ignorer, je trouve vos propos exprimés à postériori : « insoutenables », et, surtout « injustes à son égard », comme au mien !
Vous qui avez vous-même connu les effets sulfureux que génère la calomnie, lorsque vous étiez aux affaires, vous qui avez œuvré avec le courage que l’on sait pour faire bouger les lignes en ce qui concerne la légalisation de l’avortement, vous auriez pu, et dû agir, forte de cette expérience, différemment. C’est ce que j’attendais d’une femme de votre classe, et de votre stature. Cela ne m’empêchera pas néanmoins, de rester un de vos fervents admirateurs.
Veuillez recevoir madame l’expression de ma très haute considération.